Un homme tue un petit oiseau par simple désœuvrement, sans intention de s'en nourrir ni de se protéger. Le Prophète ﷺ enseigne alors que cet acte gratuit devra être justifié devant Dieu au Jour du Jugement.
Dans l'enseignement du Prophète Muhammad ﷺ, la vie de chaque créature a une valeur devant Dieu, même celle d'un petit oiseau que l'on croirait insignifiant. Un hadith rapporté par l'imam Ahmad et considéré comme authentique par plusieurs savants illustre avec force cette vérité : il met en garde contre le fait d'ôter la vie à un animal sans raison légitime.
Le hadith du passereau
Le Prophète ﷺ a dit, selon ce qui est rapporté : « Quiconque tue un passereau ou tout autre être vivant sans raison valable, Allah lui en demandera compte le Jour de la Résurrection. » On lui demanda : « Ô Messager d'Allah, quelle est cette raison valable ? » Il répondit : « Qu'il le tue pour le manger, et non pas pour lui trancher la tête puis le jeter sans le manger. » Ce hadith, transmis notamment par l'imam Ahmad ibn Hanbal et cité également par l'imam An-Nasa'i, établit un principe clair : la mort donnée à un animal n'est admise que si elle répond à un besoin réel, comme la nourriture ou une nécessité légitime, et non par désœuvrement ou par cruauté gratuite.
Ce texte dessine une image saisissante : celle d'un homme qui s'amuse à viser un oiseau, le tue sans but, puis l'abandonne sur le sol sans même songer à s'en nourrir. Un tel geste, dépourvu de toute nécessité, est présenté comme une faute dont il faudra répondre devant Dieu. L'animal, créature sans voix pour se défendre, devient ainsi un témoin silencieux au Jour du Jugement.
Une leçon de mesure et de respect
Ce hadith ne condamne pas l'abattage des animaux pour l'alimentation, pratique licite et encadrée dans la tradition islamique, mais il vise précisément l'acte gratuit, celui qui ne répond à aucune utilité et qui trahit un mépris pour la vie d'une créature de Dieu. Les commentateurs rappellent que toute vie, même celle d'un petit oiseau, appartient à Celui qui l'a créée, et que l'homme n'a pas de droit arbitraire sur elle.
Cet enseignement rejoint d'autres récits de la tradition prophétique où la compassion envers les animaux est mise en avant, comme celui de la femme pardonnée pour avoir donné à boire à un chien assoiffé, rapporté dans Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim, ou encore celui du Prophète ﷺ dénonçant la cruauté envers les bêtes. Ensemble, ces récits tracent les contours d'une éthique où chaque créature mérite considération, et où la cruauté injustifiée, même envers le plus petit des êtres, n'est jamais anodine.
Loin d'être un simple interdit parmi d'autres, cette parole prophétique invite chacun à examiner ses propres gestes envers le monde vivant. Elle rappelle que la force ou la capacité de nuire à un être plus faible ne donne aucun droit moral, et que la responsabilité de l'homme s'étend bien au-delà de ses semblables.
Ce hadith reste aujourd'hui une invitation précieuse à la bienveillance envers les animaux : ne jamais ôter une vie par désœuvrement, respecter les créatures qui partagent notre monde, et se rappeler qu'un geste de cruauté, même envers le plus petit oiseau, ne passe pas inaperçu aux yeux de Celui qui a créé toute chose avec sagesse.