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Alcalose ruminale

Le rumen est une cuve de fermentation dont l'équilibre chimique est fragile. Quand son contenu devient trop acide, on parle d'acidose ruminale ; quand il devient trop alcalin, c'est-à-dire l'inverse, on parle d'alcalose ruminale. L'alcalose...

De quoi s'agit-il ?

Le rumen est une cuve de fermentation dont l'équilibre chimique est fragile. Quand son contenu devient trop acide, on parle d'acidose ruminale ; quand il devient trop alcalin, c'est-à-dire l'inverse, on parle d'alcalose ruminale.

L'alcalose est le miroir exact de l'acidose. L'acidose vient d'un excès de céréales, de sucres et d'amidon. L'alcalose vient d'un excès de matières azotées trop vite dégradées : urée alimentaire, tourteaux distribués sans mesure, aliments azotés du commerce mal mélangés, herbe jeune très riche, ou fourrages moisis et pourris.

Les micro-organismes du rumen transforment cet azote en ammoniac. Quand il en arrive trop d'un coup, l'ammoniac s'accumule, la digestion s'arrête et le surplus passe dans le sang, où il devient toxique pour le système nerveux.

À retenir

Un animal qui accède à de l'urée, à un engrais azoté ou à un aliment concentré peut mourir dans la journée. Retirez l'aliment à tout le lot et appelez le vétérinaire immédiatement, même si un seul animal est atteint.

Signes généralement observés

Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.

Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :

L'animal cesse de ruminer et refuse de manger : c'est presque toujours le premier signe visible.

Abattement, tête basse, animal qui reste à l'écart du lot et ne réagit plus à la distribution.

Le flanc gauche est plein, pâteux, parfois ballonné, et la main posée au creux du flanc ne sent presque plus de contractions.

Salivation, parfois mousseuse autour de la bouche.

Diarrhée liquide, souvent foncée et de très mauvaise odeur.

Déshydratation et faiblesse quand la situation se prolonge.

Dans les formes liées à l'urée, tout va très vite et les signes sont violents : tremblements musculaires, raideur, démarche titubante, respiration rapide, ballonnement, gémissements, puis chute, convulsions et mort en quelques heures.

Un détail que le vétérinaire recherche : le contenu du rumen dégage une odeur forte d'ammoniac, celle qui pique le nez, très différente de l'odeur aigre et acide de l'acidose.

Quand consulter sans attendre

Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.

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Causes et facteurs de risque

Distribution d'urée alimentaire mal dosée ou mal mélangée à la ration : c'est la cause la plus dangereuse, car elle peut toucher tout un lot en même temps.

Accès accidentel à un sac d'urée, à un engrais azoté, à un aliment concentré ou à un bloc à lécher laissé à portée : une porte mal fermée suffit.

Apport brutal de tourteaux ou d'aliments très riches en azote, sans transition et sans énergie associée : les micro-organismes du rumen ne peuvent pas utiliser tout cet azote et l'ammoniac s'accumule.

Pâturage d'une herbe très jeune, très verte et très azotée, en particulier après une pluie ou une fertilisation, sans fibre longue en complément.

Fourrages ou aliments moisis, mouillés, fermentés ou pourris, qui entraînent une putréfaction du contenu du rumen.

Ration pauvre en énergie fermentescible : sans sucres ni amidon, les micro-organismes n'ont pas de quoi transformer l'azote en protéines utilisables.

Arrêt prolongé du rumen pour une autre raison, qui laisse le contenu se putréfier sur place.

Rations complémentées à l'urée ou à base d'aliments azotés du commerce, surtout lorsque le mélange est préparé à la ferme sans matériel adapté.

Stockage de l'urée, des engrais et des concentrés dans un local accessible aux animaux.

Animaux affamés, en fin de sécheresse ou en sortie de disette, qui se jettent sur la mangeoire et avalent en quelques minutes ce qui devait durer la journée.

Changement brutal de ration, achat d'un nouveau lot d'aliment sans transition.

Mise à l'herbe sur repousses jeunes et azotées au printemps, sans distribution de foin avant la sortie.

Fourrages stockés dans de mauvaises conditions, meules mouillées, aliments moisis.

Animaux déjà affaiblis, en fin de gestation ou en début de lactation, chez qui la moindre indigestion dégénère plus vite.

Diagnostic et prise en charge

Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.

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Le vétérinaire commence par un examen général et par l'écoute du rumen : les contractions sont absentes ou très ralenties, le flanc gauche est plein.

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Il prélève du jus de rumen à la sonde et l'examine. L'odeur d'ammoniac, la couleur et la mesure de l'acidité, avec un papier réactif ou un appareil, permettent de distinguer une alcalose d'une acidose. Ces deux affections donnent le même animal abattu qui ne rumine plus, mais elles se corrigent en sens inverse : se tromper aggrave l'animal au lieu de le sauver.

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Il observe si possible la flore du rumen au microscope : dans une alcalose installée, les micro-organismes qui assurent la digestion sont morts ou immobiles.

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Il interroge l'éleveur en détail sur la ration : ce qui a été distribué, quand, en quelle quantité, qui a préparé le mélange, si un sac a été renversé ou une porte laissée ouverte. C'est très souvent cet interrogatoire qui donne le diagnostic, plus que l'examen de l'animal.

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En cas de mort suspecte, une autopsie et l'examen du contenu du rumen confirment l'origine et protègent le reste du troupeau.

Traitement

L'alcalose est une urgence, en particulier dans sa forme liée à l'urée : appelez le vétérinaire sans attendre et retirez immédiatement l'aliment suspect à tout le lot, pas seulement à l'animal malade.

Le principe du traitement est simple mais son application ne l'est pas : il s'agit de ramener le contenu du rumen vers une acidité normale et d'arrêter la production d'ammoniac. Le vétérinaire dispose pour cela de solutions acides administrées par sonde et, dans les cas graves, d'un lavage du rumen.

Ne tentez pas de le faire vous-même. La quantité, la concentration et la vitesse d'administration comptent autant que le produit, et un liquide versé de force dans la bouche d'un animal affaibli part dans les poumons.

Une perfusion, un soutien du foie et des anti-inflammatoires peuvent être nécessaires selon l'état de l'animal.

Lorsque le rumen est arrêté depuis longtemps, le vétérinaire peut proposer de le réensemencer avec du jus de rumen prélevé sur un animal sain : c'est un geste très efficace pour relancer la digestion, qui se réalise sous contrôle vétérinaire.

La reprise se fait avec du foin de bonne qualité, de l'eau propre à volonté, et un retour progressif des concentrés une fois la rumination revenue.

Dans tous les cas, la correction de la ration et du rangement des aliments fait partie du traitement : sans elle, les cas se répètent.

Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.

Prévention

Ne jamais laisser l'urée, les engrais azotés et les aliments concentrés à portée des animaux : un local fermé à clé n'est pas un luxe, c'est la mesure la plus rentable de la ferme.

Si la ration comporte de l'urée ou un aliment azoté, faire établir et vérifier le mélange par le vétérinaire ou un technicien. Un mélange fait à la pelle dans une brouette n'est jamais homogène : les premiers servis reçoivent tout.

Associer toujours l'azote à une source d'énergie et à de la fibre longue : c'est ce qui permet aux micro-organismes du rumen d'utiliser l'azote au lieu de le laisser s'accumuler.

Respecter des transitions progressives à chaque changement de ration, d'aliment ou de parcelle.

Ne jamais présenter une mangeoire pleine à des animaux affamés : distribuer d'abord du fourrage grossier.

Écarter les fourrages moisis, mouillés ou fermentés, et protéger les stocks de la pluie et des rongeurs.

Sur les repousses jeunes et très vertes du printemps, distribuer du foin avant la sortie et limiter la durée de pâturage les premiers jours.

Surveiller la rumination du troupeau : au repos, une grande partie des animaux couchés doivent ruminer. Un lot qui ne rumine plus est un signal d'alerte avant même l'apparition des premiers signes.

Complications possibles

Mort rapide dans les intoxications par l'urée, souvent avant l'arrivée du vétérinaire.

Atteinte du foie et des reins par l'ammoniac passé dans le sang.

Météorisation associée, qui ajoute une détresse respiratoire à l'intoxication.

Destruction durable de la flore du rumen : l'animal reste sans appétit et maigrit pendant plusieurs semaines après la crise.

Pneumonie de fausse déglutition lorsque des liquides ont été administrés de force par la bouche.

Avortement, ou basculement en toxémie de gestation chez les brebis en fin de gestation.

Récidives à l'échelle du lot tant que la ration et le stockage des aliments n'ont pas été corrigés.

Quand consulter un vétérinaire

Un animal a eu accès à de l'urée, à un engrais azoté ou à un sac d'aliment concentré : appelez immédiatement, même s'il paraît encore normal.

Un animal ne rumine plus, refuse de manger et reste à l'écart.

Il tremble, titube ou raidit ses membres.

Son flanc gauche est plein ou gonflé et il respire vite.

Une diarrhée liquide et très malodorante apparaît.

Plusieurs animaux du même lot sont abattus après un changement de ration ou une distribution d'aliment azoté.

Un animal est trouvé mort après une distribution : faites-le examiner avant que le reste du lot ne suive.

Pronostic

Une alcalose modérée, prise tôt et corrigée par le vétérinaire, évolue bien : la rumination revient en un à quelques jours.

Les intoxications par l'urée ont un pronostic sombre, car elles évoluent en quelques heures et beaucoup d'animaux meurent avant tout traitement. Les survivants récupèrent en général correctement.

Les formes traînantes, avec une flore du rumen détruite, demandent plusieurs semaines de convalescence et l'animal ne reprend pas toujours son état.

À l'échelle du troupeau, le pronostic dépend uniquement de la correction de la ration et du rangement des produits azotés : c'est une maladie que l'on supprime, pas une maladie que l'on subit.

Questions fréquentes

Quelle différence avec l'acidose ruminale ?

Les deux sont des déséquilibres du rumen, mais en sens opposé. L'acidose vient d'un excès de céréales et de sucres, l'alcalose d'un excès d'azote, souvent de l'urée ou des tourteaux. De loin, l'animal a le même air : abattu, il ne rumine plus. Le vétérinaire tranche en examinant le contenu du rumen, et c'est indispensable, car le traitement de l'une aggraverait l'autre.

Mes moutons ont léché un sac d'engrais, que faire ?

Appelez le vétérinaire tout de suite, même si les animaux paraissent normaux : l'intoxication par l'azote se déclare en quelques heures. Retirez le sac et sortez tout le lot de la zone. N'attendez pas les premiers tremblements pour réagir.

Puis-je donner de l'urée dans la ration comme on me l'a conseillé ?

L'urée est utilisée en élevage, mais elle demande un mélange homogène, une transition progressive et une ration apportant assez d'énergie et de fibre. Préparée à la main dans une brouette, elle devient dangereuse : les premiers animaux servis reçoivent une dose mortelle. Faites établir la ration par le vétérinaire ou un technicien.

Mon mouton ne rumine plus depuis hier, est-ce grave ?

Un rumen arrêté plus de vingt-quatre heures n'est jamais banal. Cela peut être une simple indigestion, mais aussi une acidose, une alcalose, une obstruction de l'œsophage ou une maladie plus grave. Retirez l'aliment suspect, laissez du foin et de l'eau, et faites examiner l'animal.

EN BREF

AgentAutre
EspèceMouton, Chèvre
VaccinNon
Transmissible à l'humainNon

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Espèces concernées

Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.

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