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Ataxie enzootique de l'agneau
L'ataxie enzootique est une maladie nerveuse de l'agneau causée par un manque de cuivre chez la brebis pendant sa gestation. Le cuivre est indispensable à la fabrication de la myéline, la gaine isolante qui entoure les nerfs et permet aux c...
De quoi s'agit-il ?
L'ataxie enzootique est une maladie nerveuse de l'agneau causée par un manque de cuivre chez la brebis pendant sa gestation.
Le cuivre est indispensable à la fabrication de la myéline, la gaine isolante qui entoure les nerfs et permet aux commandes du cerveau d'arriver correctement aux membres. Sans cuivre, cette gaine se construit mal chez le fœtus. Les ordres partent du cerveau mais arrivent déformés : l'agneau titube, les postérieurs se dérobent, il ne peut plus coordonner ses mouvements.
Deux formes existent. Dans la forme congénitale, l'agneau naît déjà atteint, incapable de tenir debout. Dans la forme retardée, l'agneau naît normal, tète, grandit, puis se met à traîner de l'arrière-train au bout de quelques semaines à quelques mois.
À retenir
Ne complémentez jamais des ovins en cuivre sans analyse et sans prescription : le mouton est l'espèce qui meurt le plus facilement d'un excès de cuivre, et l'intoxication frappe des brebis adultes qui paraissaient en pleine santé.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Dans la forme congénitale, visible dès la naissance : agneau incapable de se tenir debout, qui bascule sur l'arrière-train, ou qui se lève et retombe aussitôt.
Membres postérieurs raides ou au contraire mous, qui se croisent, qui dérapent, arrière-train qui oscille de droite à gauche à chaque pas.
Tremblements de la tête, mouvements maladroits.
Agneau qui rampe pour avancer et qui ne peut pas suivre sa mère, donc ne tète pas correctement et se refroidit.
Dans certains cas, cécité ou troubles de la vision associés.
Dans la forme retardée, chez des agneaux de quelques semaines à quelques mois : démarche chaloupée, agneau qui trébuche en pente ou quand on le fait courir, qui reste en arrière du lot au déplacement, puis qui tombe et ne se relève plus.
État général longtemps conservé : l'agneau mange, il est vif, seul son train arrière ne suit pas. C'est ce contraste qui frappe.
Retard de croissance et laine de mauvaise qualité chez les animaux atteints.
Parfois, dans le même troupeau, plusieurs agneaux touchés à des degrés différents la même année.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
La cause est un manque de cuivre disponible chez la brebis pendant la gestation, au moment où se construit le système nerveux du fœtus.
Le manque peut être une carence vraie, sur des sols et des fourrages pauvres en cuivre.
Il peut aussi s'agir d'une carence dite secondaire, bien plus fréquente et bien plus sournoise : le cuivre est présent dans la ration mais l'animal ne peut pas l'utiliser, parce que d'autres éléments le bloquent. Un excès de molybdène, de soufre, de fer ou de zinc dans les fourrages, dans le sol ingéré avec l'herbe ou dans l'eau empêche l'absorption du cuivre. Une analyse de ration montrant un taux de cuivre correct n'exclut donc pas la maladie.
Certaines races et certaines lignées sont plus sensibles que d'autres, à alimentation identique.
Les brebis portant des agneaux multiples et celles en mauvais état corporel sont plus exposées.
Les lésions se forment pendant la vie fœtale et, pour la forme retardée, dans les toutes premières semaines de vie : après quoi le processus est terminé.
Sols et fourrages pauvres en cuivre, ou au contraire riches en éléments qui bloquent son absorption, notamment le molybdène et le soufre.
Pâturages amendés ou situés sur certains terrains particuliers, parcelles très riches en fer, eau chargée en fer ou en soufre.
Absence de complémentation minérale des brebis pendant la gestation, ou complément inadapté à la situation locale.
Brebis portant des agneaux multiples.
Brebis maigres ou mal nourries en fin de gestation.
Races et lignées sensibles.
Antécédents de cas dans l'exploitation les années précédentes : la maladie revient tant que la cause n'est pas identifiée.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Le vétérinaire réalise un examen nerveux qui montre une atteinte du train postérieur avec un animal par ailleurs vif et bien conscient : ce tableau est très caractéristique.
Il s'appuie sur le contexte : plusieurs agneaux atteints, même région, mêmes parcelles, antécédents dans l'exploitation.
Des analyses de sang sur les brebis et les agneaux, et surtout des analyses de foie réalisées sur un animal mort ou à l'abattoir, permettent d'évaluer le statut en cuivre du troupeau. Le foie est le juge de paix, car le sang peut rester normal alors que les réserves sont vides.
L'analyse des fourrages, de l'eau et parfois du sol recherche les éléments qui bloquent l'absorption du cuivre.
L'examen d'un agneau mort met en évidence les lésions caractéristiques du système nerveux et confirme le diagnostic : ne pas jeter un agneau atteint sans en parler au vétérinaire.
Il écarte les autres causes de faiblesse du train arrière chez le jeune : maladie du muscle blanc liée au sélénium, traumatisme de la colonne, infection des articulations, méningite, abcès dans la colonne vertébrale. Ces distinctions sont capitales car certaines de ces maladies, elles, se traitent efficacement.
Traitement
Il n'existe pas de traitement des lésions déjà installées : la gaine des nerfs ne se reconstitue pas.
Un agneau qui titube déjà ne guérira pas parce qu'on lui donne du cuivre. Cette illusion coûte du temps et de l'argent, et fait courir un vrai danger d'intoxication.
Les agneaux légèrement atteints peuvent parfois compenser en grandissant et rester utilisables comme animaux de boucherie, à condition d'être bien nourris, gardés dans un enclos plat et sans obstacle, et surveillés.
Les agneaux qui ne peuvent pas se lever, qui ne tètent pas ou qui se blessent en tombant doivent être euthanasiés pour éviter une agonie prolongée : la décision se prend avec le vétérinaire.
Toute la démarche utile est tournée vers les brebis encore en gestation et vers la campagne suivante. Une correction du statut en cuivre du troupeau, sous conduite vétérinaire, peut sauver les agneaux à naître.
La supplémentation en cuivre ne s'improvise jamais chez le mouton : c'est l'espèce domestique la plus sensible à l'intoxication par le cuivre, qui s'accumule silencieusement dans le foie pendant des mois puis se libère d'un coup, tuant des brebis adultes en pleine santé apparente. Forme, support, quantité et durée relèvent exclusivement de la prescription vétérinaire, après analyses.
N'utilisez jamais un minéral ou un aliment prévu pour les bovins ou les porcs chez des ovins : c'est la cause classique d'intoxication mortelle au cuivre dans les troupeaux.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Faire évaluer le statut en cuivre du troupeau par le vétérinaire lorsque des cas sont apparus : analyses de sang, analyses de foie, analyse des fourrages et de l'eau.
Corriger la ration des brebis pendant la gestation, avec un complément minéral adapté aux ovins et à la situation locale, choisi et dosé par le vétérinaire.
Ne jamais complémenter en cuivre à l'aveugle, sans analyse : le risque d'intoxication est réel et mortel.
Éviter absolument les minéraux, aliments et blocs formulés pour les bovins.
Surveiller les parcelles connues pour poser problème et adapter la conduite des brebis gestantes.
Nourrir correctement les brebis en fin de gestation et éviter qu'elles n'arrivent maigres à l'agnelage.
Noter les cas année après année : une maladie qui revient signale une cause de fond non corrigée.
Éviter de conserver pour la reproduction les descendants des lignées les plus touchées lorsque le problème persiste malgré une ration corrigée.
Complications possibles
Agneaux qui ne peuvent pas téter, se refroidissent et meurent dans les premiers jours.
Chutes, fractures, blessures et écrasements chez les agneaux qui tombent sans arrêt.
Paralysie complète du train arrière et animal couché qui ne se relève plus.
Retard de croissance définitif chez les survivants.
Pertes importantes et répétées d'une campagne à l'autre tant que la cause n'est pas corrigée.
Risque d'intoxication mortelle des brebis adultes si l'éleveur supplémente en cuivre de sa propre initiative.
Quand consulter un vétérinaire
Un agneau nouveau-né ne tient pas debout ou bascule sur l'arrière-train.
Un agneau de quelques semaines traîne de l'arrière, trébuche ou reste en arrière du lot.
Plusieurs agneaux de la même bande présentent une démarche anormale.
Un agneau est vif et mange bien mais ne coordonne plus ses postérieurs.
Des cas identiques sont survenus l'an dernier : il faut analyser le statut minéral du troupeau avant la prochaine gestation.
Vous envisagez de complémenter en cuivre : parlez-en impérativement au vétérinaire avant d'acheter quoi que ce soit.
Pronostic
Défavorable pour les agneaux atteints : les lésions nerveuses sont définitives et aucun traitement ne les efface.
Les formes légères peuvent permettre de mener l'animal jusqu'à la boucherie, mais il ne fera jamais un reproducteur.
Excellent en revanche à l'échelle du troupeau si la cause est identifiée et corrigée avant la gestation suivante : la maladie disparaît complètement.
La prévention se joue donc une saison à l'avance, sur les brebis, jamais sur les agneaux déjà nés.
Questions fréquentes
Mon agneau titube de l'arrière, puis-je lui donner du cuivre pour le guérir ?
Non. Les lésions des nerfs sont déjà constituées et ne se réparent pas. Donner du cuivre à cet agneau ne le remettra pas debout et vous expose, si vous généralisez le geste au troupeau, à une intoxication mortelle des brebis. Le cuivre se joue pendant la gestation de la mère, pas après.
Mon analyse de fourrage montre assez de cuivre, comment est-ce possible ?
C'est le cas le plus fréquent et le plus déroutant. Le cuivre peut être présent mais rendu inutilisable par d'autres éléments de la ration ou de l'eau, en particulier le molybdène et le soufre. Il faut analyser le foie des animaux, et pas seulement l'aliment, pour connaître la réalité des réserves.
Est-ce la même chose que la maladie du muscle blanc ?
Non, ce sont deux maladies distinctes. La maladie du muscle blanc est liée au sélénium et touche les muscles ; l'ataxie enzootique est liée au cuivre et touche les nerfs. Elles donnent toutes deux un agneau qui ne se lève pas, mais l'une répond au traitement et l'autre non. Seul le vétérinaire peut faire la différence.
Pourquoi certains agneaux naissent normaux puis se mettent à traîner plus tard ?
C'est la forme retardée de la maladie. La gaine des nerfs continue de se construire dans les premières semaines de vie ; si le cuivre manque à ce moment-là, les signes apparaissent avec du retard, souvent au moment où l'agneau grandit vite. Le mécanisme est le même et le pronostic aussi.
Références
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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