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Babésiose ovine
La babésiose, que beaucoup d'éleveurs appellent piroplasmose, est due à un parasite microscopique qui se multiplie à l'intérieur des globules rouges jusqu'à les faire éclater. Elle est inoculée par la piqûre d'une tique. Contrairement à d'a...
De quoi s'agit-il ?
La babésiose, que beaucoup d'éleveurs appellent piroplasmose, est due à un parasite microscopique qui se multiplie à l'intérieur des globules rouges jusqu'à les faire éclater.
Elle est inoculée par la piqûre d'une tique. Contrairement à d'autres maladies transmises par les tiques, celle-ci se déclenche vite : quelques jours à deux semaines après la piqûre, l'animal peut passer d'un état normal à un état grave en moins de deux jours.
La destruction des globules rouges se produit directement dans les vaisseaux : l'hémoglobine libérée passe dans les urines, qui prennent une couleur brun rouge, comparée par les éleveurs à du café ou à du vin. C'est le signe qui donne son nom populaire à la maladie.
À retenir
La babésiose évolue en quelques jours. Fièvre et urines foncées chez un mouton en saison de tiques justifient un appel au vétérinaire le jour même : quelques heures changent le pronostic.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Fièvre brutale et élevée au tout début, avant les autres signes. C'est le moment où le traitement marche le mieux, et c'est aussi celui où l'éleveur ne voit encore rien de spectaculaire.
Urines foncées, brun rouge à presque noires. Ce signe est très évocateur mais il n'est pas toujours présent d'emblée : ne l'attendez pas pour appeler.
Muqueuses d'abord rouges et congestionnées, puis franchement pâles à mesure que le sang est détruit.
Coloration jaune des muqueuses et du blanc de l'œil, qui s'installe en un ou deux jours.
Animal abattu, immobile, qui ne rumine plus, refuse de manger et se sépare du troupeau.
Respiration rapide, cœur qui bat vite, tremblements.
Déshydratation, animal qui ne boit plus, urines rares dans les formes graves : c'est le signe que les reins sont en train de lâcher.
Animal couché qui ne se relève plus, puis mort en quelques jours si rien n'est fait.
Des formes discrètes existent chez les animaux d'une région où la maladie circule en permanence : simple fièvre passagère et baisse d'état, sans urine colorée.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
Le parasite est inoculé par la salive de la tique lorsqu'elle se fixe et se gorge. Il gagne le sang et pénètre dans les globules rouges, où il se divise jusqu'à les rompre.
À chaque vague de rupture, l'animal perd du sang de l'intérieur et libère de l'hémoglobine, ce qui explique à la fois l'anémie, la couleur des urines et la teinte jaune des muqueuses.
Les reins filtrent cette hémoglobine en excès et s'abîment. C'est souvent l'atteinte des reins, et non le parasite lui-même, qui emporte l'animal.
Certaines tiques transmettent le parasite à leur descendance : une parcelle peut donc rester dangereuse d'une saison à l'autre même sans animal porteur.
Dans les régions où la maladie circule toute l'année, les animaux nés sur place s'immunisent jeunes et restent protégés tant qu'ils continuent d'être exposés. C'est ce qui explique un phénomène déroutant : ce sont souvent les animaux achetés ailleurs, ou ceux d'un troupeau soigneusement traité contre les tiques puis exposé brutalement, qui font les formes mortelles.
Saison des tiques, printemps et automne, avec une reprise après les pluies.
Parcours embroussaillés, bordures de forêt, haies, friches, abords de murets et bergeries anciennes.
Animaux achetés dans une zone sans tiques et introduits dans une zone à tiques : ce sont les plus exposés aux formes graves.
Animaux adultes n'ayant jamais rencontré le parasite, à l'inverse des jeunes nés sur place qui s'immunisent discrètement.
Interruption brutale d'un programme de lutte contre les tiques dans un troupeau habitué à être protégé : les animaux perdent leur immunité d'exposition et deviennent vulnérables.
Stress, transport, mise bas, sous-alimentation, autres parasites : tout ce qui affaiblit favorise une forme sévère.
Animaux dont la rate a été retirée ou qui souffrent d'une autre maladie du sang.
Transmission
Uniquement par la piqûre de tique. Il n'y a aucune contagion directe entre animaux, ni par le contact, ni par l'abreuvoir, ni par l'air.
La tique doit rester fixée un certain temps avant d'inoculer le parasite : retirer les tiques tôt et régulièrement réduit réellement le risque, même si cela ne le supprime pas.
La transmission par une aiguille souillée est possible mais reste marginale par rapport à la tique.
La maladie ne se transmet pas à l'homme dans les conditions de l'élevage.
Un troupeau peut porter le parasite sans faire de cas visibles : ce sont ces animaux qui rechargent les tiques.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Le vétérinaire prend la température, examine la couleur des muqueuses et regarde les urines. Un mouton fébrile avec des urines brun rouge en saison de tiques oriente très fortement.
Il recherche les tiques sur l'animal : oreilles, dessous de la queue, aine, aisselles, mamelle et bourses sont les endroits à examiner en priorité. Ne pas en trouver n'écarte rien, la tique responsable ayant pu tomber depuis longtemps.
Un frottis de sang coloré, examiné au microscope, montre le parasite à l'intérieur des globules rouges et confirme rapidement le diagnostic. C'est un examen simple, que le vétérinaire peut réaliser tôt.
Une prise de sang évalue la profondeur de l'anémie et l'état des reins, information décisive pour le pronostic.
Le vétérinaire distingue la babésiose des autres causes d'urines foncées chez le mouton, notamment certaines intoxications et certaines carences, et des autres maladies du sang transmises par les mêmes tiques, qui ne se traitent pas de la même façon.
L'examen d'un animal mort est très parlant : rate énorme, urine sombre dans la vessie, foie et reins de couleur anormale. Ne faites pas disparaître un animal mort sans en parler au vétérinaire, c'est ce qui protégera le reste du lot.
Traitement
Il existe des antiparasitaires spécifiques du sang, actifs sur ce parasite. Ils n'ont rien à voir avec les vermifuges utilisés contre les vers digestifs et ne s'y substituent pas : donner un vermifuge à un animal atteint de babésiose ne sert à rien et fait perdre les heures qui comptent.
Le choix du produit, de la voie et du moment revient au vétérinaire. Ces molécules ne sont pas anodines et aucune dose ne doit être décidée sans lui.
Le facteur décisif est le délai. Traité dès la fièvre, un animal s'en sort souvent très bien ; traité une fois couché avec des reins abîmés, il peut mourir malgré un parasite éliminé.
Les soins de soutien font une grande partie du résultat : ombre, calme absolu, eau propre à portée immédiate, alimentation appétente. Une perfusion peut être nécessaire pour protéger les reins ; c'est le vétérinaire qui la met en place.
Une transfusion sanguine peut être envisagée sur un animal de valeur très anémié.
Ne déplacez pas, ne poursuivez pas et ne chargez pas un animal atteint : l'effort tue les animaux très anémiés. Soignez sur place.
Retirez les tiques présentes sur l'animal et examinez les autres animaux du lot le jour même : quand un cas se déclare, d'autres sont souvent en incubation.
Les délais d'attente viande et lait sont propres à chaque produit et doivent être demandés au vétérinaire avant tout abattage ou toute traite.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
La lutte contre les tiques est la seule prévention réellement efficace, et elle protège en même temps contre l'anaplasmose, la theilériose et les autres agents inoculés par la même piqûre. Les produits antitiques existent en plusieurs familles et sous plusieurs formes, en application externe ou en injection : le calendrier se raisonne avec le vétérinaire selon la région et la saison, pas au hasard.
Inspecter les animaux à la main, régulièrement pendant la saison, en insistant sur les oreilles, l'aine, le dessous de la queue, la mamelle et les bourses.
Retirer les tiques avec précaution, en les décrochant entièrement et sans les écraser. Ne les brûlez pas, ne les arrachez pas à la main nue et ne mettez pas de produit dessus : une tique agressée régurgite et augmente le risque d'inoculation. Portez des gants, car certaines tiques transmettent à l'homme des maladies graves sans rapport avec celles du mouton.
Traiter aussi les bâtiments : fissures des murs, dessous des mangeoires et vieux bois abritent des tiques d'une saison à l'autre.
Débroussailler les abords des bergeries, des couloirs de contention et des points d'eau où les animaux stationnent.
Mettre en quarantaine tout animal acheté, le débarrasser de ses tiques et surveiller sa température pendant les premières semaines.
Être particulièrement vigilant lors d'un changement de conduite : introduire des animaux d'une zone sans tiques, ou arrêter brutalement un programme antitiques, sont deux situations qui produisent des crises.
Complications possibles
Insuffisance rénale : c'est la complication la plus redoutée. L'animal peut mourir alors que le parasite a été éliminé.
Anémie profonde et prolongée, avec une reprise d'état très lente.
Avortement chez les brebis gestantes, agneaux faibles à la naissance.
Effondrement de la production laitière.
Mort subite lors d'un effort, d'un tri ou d'un transport chez un animal très anémié.
Dans certains cas, atteinte du système nerveux avec des animaux qui titubent ou convulsent.
Survenue simultanée d'autres maladies transmises par la même tique, qui brouillent le tableau et aggravent le pronostic.
Quand consulter un vétérinaire
Un animal urine brun rouge ou presque noir : appelez le vétérinaire le jour même, c'est une urgence.
Un animal a de la fièvre, refuse de manger et ne rumine plus pendant la saison des tiques.
Les muqueuses sont pâles ou jaunes.
Un animal est abattu, isolé, respire vite ou refuse de se lever.
Un animal récemment acheté tombe malade dans les jours qui suivent son arrivée sur un parcours à tiques.
Plusieurs animaux d'un même lot se dégradent en quelques jours après une période de forte présence de tiques.
Un animal meurt brutalement au pâturage en saison de tiques : faites examiner l'animal mort, cela protège le reste du troupeau.
Pronostic
Traité dès les premiers signes, avant que les urines ne foncent, l'animal guérit le plus souvent bien et récupère en quelques semaines.
Traité tardivement, avec des reins déjà atteints, le pronostic devient sombre malgré un traitement correct.
Les animaux guéris gardent une protection pendant un certain temps, à condition de rester exposés aux tiques : c'est le paradoxe de cette maladie, l'exposition régulière protège autant qu'elle menace.
À l'échelle du troupeau, tout se joue sur la lutte contre les tiques et sur la rapidité d'appel du vétérinaire : la même maladie fait des dégâts très différents selon qu'on appelle le premier ou le troisième jour.
Questions fréquentes
Mon mouton urine rouge, est-ce du sang ?
Le plus souvent, ce n'est pas du sang entier mais le pigment des globules rouges détruits, ce qui donne une urine brun rouge homogène. Chez un mouton en saison de tiques, cela évoque en premier lieu la babésiose. Dans tous les cas, une urine anormalement colorée impose un appel au vétérinaire le jour même.
Je n'ai trouvé aucune tique sur l'animal : est-ce quand même possible ?
Oui, tout à fait. La tique responsable a piqué une à deux semaines plus tôt et s'est détachée depuis longtemps. L'absence de tique au moment de l'examen n'écarte jamais le diagnostic.
Un vermifuge peut-il soigner cette maladie ?
Non. Le parasite est dans le sang, pas dans l'intestin : les vermifuges n'ont aucun effet sur lui. Il faut un antiparasitaire spécifique, prescrit par le vétérinaire. Perdre deux jours à essayer un vermifuge coûte souvent l'animal.
Faut-il traiter tout le troupeau quand un animal est atteint ?
C'est au vétérinaire d'en décider. Ce qui est certain, c'est qu'un cas signale une pression de tiques élevée : les autres animaux doivent être examinés le jour même, leur température surveillée, et la question de la lutte contre les tiques posée immédiatement pour l'ensemble du troupeau.
Références
WOAH — Organisation mondiale de la santé animale (ex-OIE)
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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