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Carence en cobalt
Le cobalt n'est pas utilisé directement par le mouton : ce sont les micro-organismes du rumen qui s'en servent pour fabriquer la vitamine B12, indispensable à la production d'énergie et à la formation du sang. Quand le sol et l'herbe en man...
De quoi s'agit-il ?
Le cobalt n'est pas utilisé directement par le mouton : ce sont les micro-organismes du rumen qui s'en servent pour fabriquer la vitamine B12, indispensable à la production d'énergie et à la formation du sang.
Quand le sol et l'herbe en manquent, la fabrication de vitamine B12 s'arrête et l'animal ne parvient plus à valoriser ce qu'il mange. Il broute normalement et maigrit quand même.
Les éleveurs de plusieurs pays appellent cette maladie le dépérissement, ou pine : les agneaux stagnent, se déclassent, deviennent maigres et sans énergie alors que le pâturage paraît bon.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Le premier signe est un décrochage de croissance chez les agneaux, généralement quelques mois après le sevrage, alors que l'herbe est disponible et de bonne qualité.
Les animaux mangent d'abord normalement, puis se désintéressent progressivement du pâturage ; le lot passe moins de temps à brouter.
Amaigrissement lent, animaux qui deviennent osseux, laine terne, cassante, qui se détache et perd toute valeur.
Pâleur de l'intérieur de la paupière et des gencives, traduisant une anémie qui s'installe doucement.
Larmoiement et croûtes autour des yeux chez une partie des animaux atteints.
Fatigue à l'effort, animaux qui restent en arrière du troupeau, qui se couchent souvent.
Dans les formes avancées : animaux très maigres, apathiques, qui finissent par mourir sans qu'aucune autre maladie ne soit trouvée.
Les brebis adultes tiennent plus longtemps, mais elles produisent moins de lait, élèvent mal leurs agneaux et se reconstituent difficilement après la lactation.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
La cause est la pauvreté en cobalt du sol, donc de l'herbe et des fourrages produits sur l'exploitation. Certains terrains, notamment sableux, acides ou très calcaires, en fournissent naturellement peu.
Un chaulage important ou un sol au pH élevé rend le cobalt encore moins disponible pour la plante.
Les rations à base de céréales et de fourrages pauvres, sans complément minéral adapté aux ovins, ne compensent rien.
Les jeunes en croissance rapide et les femelles en lactation ont des besoins plus élevés : ce sont eux qui expriment la carence en premier.
Enfin, une atteinte parasitaire du tube digestif ou une acidose perturbent la flore du rumen et réduisent encore la fabrication de vitamine B12, ce qui aggrave le tableau.
Régions et parcelles dont les sols sont connus pour être pauvres en cobalt : le voisinage rencontre en général le même problème.
Agneaux après sevrage et jeunes en croissance, qui sont les plus sensibles.
Brebis en fin de gestation et en lactation.
Alimentation reposant uniquement sur l'herbe et les fourrages de l'exploitation, sans complément minéral.
Complément minéral générique non prévu pour les ovins, ou pierre à lécher que les animaux ne consomment pas régulièrement.
Parasitisme digestif associé, qui masque et aggrave la carence.
Années de sécheresse, où les animaux pâturent des végétations pauvres et peu diversifiées.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Le diagnostic est délicat car les signes ressemblent exactement à ceux du parasitisme digestif, d'une sous-alimentation ou d'autres carences : un examen vétérinaire est indispensable avant de conclure.
Le vétérinaire commence par examiner tout le lot, pèse les agneaux et compare leur croissance à ce qui est attendu, examine la couleur des muqueuses et l'état de la laine.
Il fait pratiquer une analyse de crottes pour écarter ou quantifier le parasitisme, qui est la première cause de dépérissement chez le mouton au pâturage.
Des prises de sang permettent de mesurer la vitamine B12 sur plusieurs animaux du lot, ce qui donne une image du groupe. L'analyse du foie sur un animal mort ou abattu est un autre moyen de confirmer.
L'analyse des fourrages et du sol de l'exploitation aide à comprendre l'origine du problème et à décider d'une correction durable.
Un point pratique très utilisé sur le terrain : le vétérinaire peut proposer un essai de supplémentation sur un lot, en gardant un lot témoin, et comparer les croissances. Une réponse nette oriente fortement le diagnostic.
Traitement
La correction passe par l'apport de cobalt ou directement de vitamine B12, sur prescription et sous une forme choisie par le vétérinaire.
Plusieurs voies existent : apport par voie injectable pour un effet rapide sur des animaux déjà atteints, apport oral régulier, blocs et compléments minéraux spécifiques ovins, ou dispositifs à libération lente placés dans le rumen. Le choix dépend de la conduite du troupeau, du nombre d'animaux et de la possibilité de les manipuler.
Aucune dose, aucun rythme et aucune concentration ne doivent être décidés seul : un excès de complémentation minérale peut déséquilibrer d'autres éléments et coûter cher pour rien.
Les animaux traités reprennent l'appétit assez vite, mais la reprise de poids et la réparation de la laine demandent plusieurs semaines.
La correction du parasitisme et une ration correctement équilibrée en énergie et en protéines accompagnent obligatoirement le traitement : à eux seuls, ni le cobalt ni le vermifuge ne remettent en état un troupeau sous-alimenté.
Attention aux produits vendus sans ordonnance et aux mélanges destinés à d'autres espèces : chez le mouton, certains compléments prévus pour les bovins apportent des quantités de cuivre toxiques.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Faire analyser les fourrages et, si nécessaire, les sols, pour savoir si l'exploitation est réellement concernée : on ne complémente pas au hasard.
Mettre à disposition en permanence un complément minéral et oligo-éléments formulé pour les ovins, sous une forme réellement consommée par les animaux, et vérifier que le bac se vide.
Renforcer la couverture des besoins aux périodes sensibles : agneaux après sevrage, brebis en fin de gestation et en lactation.
Envisager avec le vétérinaire un dispositif à libération lente pour les troupeaux en parcours, difficiles à complémenter régulièrement.
Maîtriser le parasitisme digestif, qui aggrave systématiquement le tableau.
Suivre la croissance des agneaux par des pesées régulières : un décrochage repéré tôt évite des mois de perte.
Ne jamais utiliser de complément minéral prévu pour les bovins ou les volailles chez les ovins, à cause du cuivre.
Complications possibles
Retard de croissance qui ne se rattrape jamais complètement chez les agneaux touchés en pleine croissance.
Anémie et affaiblissement général, avec sensibilité accrue au parasitisme et aux infections.
Laine dévalorisée, carcasses maigres, agneaux déclassés à la vente.
Brebis en mauvais état à la mise bas, agneaux petits et faibles, production laitière insuffisante pour élever la portée.
Mortalité des animaux les plus atteints si rien n'est corrigé.
Sur une exploitation, une carence non identifiée peut coûter plusieurs saisons de mauvais résultats attribués à tort au parasitisme.
Quand consulter un vétérinaire
Vos agneaux ne prennent plus de poids alors que l'herbe et l'alimentation sont correctes.
Plusieurs animaux du même lot maigrissent lentement, avec une laine terne qui se détache.
Les muqueuses de plusieurs animaux sont pâles.
Le troupeau passe moins de temps à pâturer et paraît sans énergie.
Les résultats ne s'améliorent pas après un traitement antiparasitaire correctement conduit : il faut chercher ailleurs.
Des voisins signalent le même problème dans le secteur : cela oriente vers une carence de sol.
Pronostic
Corrigée à temps, la carence répond très bien : les animaux retrouvent l'appétit en quelques jours et l'état général en quelques semaines.
Les agneaux très atteints en pleine croissance gardent souvent un retard définitif : c'est le vrai coût de la maladie.
À l'échelle de l'exploitation, le pronostic est excellent dès lors que la complémentation devient une routine, car la cause est parfaitement maîtrisable.
Questions fréquentes
Mes agneaux ne grossissent plus malgré le vermifuge, est-ce forcément des vers ?
Non, et c'est justement le piège. Le parasitisme reste la première cause, mais si les crottes sont propres et que la croissance reste mauvaise, une carence en cobalt fait partie des explications à examiner avec le vétérinaire. Une analyse de sang sur quelques animaux du lot permet de trancher.
Une pierre à lécher suffit-elle ?
Seulement si elle est prévue pour les ovins et si les animaux la consomment réellement, ce qui est loin d'être toujours le cas. Beaucoup de blocs restent intacts pendant des mois. Vérifiez qu'il se consomme et parlez de la forme la plus adaptée à votre conduite avec le vétérinaire.
Puis-je donner à mes moutons le complément minéral de mes vaches ?
Non. Les compléments prévus pour les bovins contiennent beaucoup plus de cuivre, que le mouton stocke dans son foie et supporte très mal. C'est une cause connue d'intoxications mortelles dans les élevages ovins. Utilisez uniquement des produits portant la mention ovins.
Cette carence est-elle liée à ma région ?
En grande partie, oui : elle dépend de la richesse du sol en cobalt. Si les élevages voisins rencontrent les mêmes soucis de croissance, l'hypothèse d'une carence de secteur devient sérieuse et une analyse des fourrages est utile.
Références
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
ANSES — Agence nationale de sécurité sanitaire (France)
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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