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Carence en cuivre des ovins
Le cuivre est un oligo-élément indispensable en toute petite quantité. Il intervient dans la formation de la gaine qui protège les nerfs, dans la qualité de la laine, dans la fabrication des globules rouges et dans la solidité de l'os. Quan...
De quoi s'agit-il ?
Le cuivre est un oligo-élément indispensable en toute petite quantité. Il intervient dans la formation de la gaine qui protège les nerfs, dans la qualité de la laine, dans la fabrication des globules rouges et dans la solidité de l'os.
Quand la brebis en manque pendant la gestation, l'agneau naît avec des nerfs mal formés : il titube de l'arrière-train, ou ne parvient pas à se lever.
Mais le mouton est aussi l'espèce domestique la plus sensible à l'excès de cuivre : il l'accumule dans le foie sans le savoir, jusqu'à une libération brutale et souvent mortelle. La marge entre le manque et l'intoxication est étroite.
À retenir
Attention, cette fiche décrit deux dangers opposés. Le manque de cuivre paralyse les agneaux ; l'excès de cuivre tue les adultes. Ne complémentez jamais sans analyse et sans avis vétérinaire, et ne donnez jamais aux moutons un aliment prévu pour une autre espèce.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Chez l'agneau, forme précoce : dès la naissance ou dans les premiers jours, il ne tient pas debout, ou se lève avec l'arrière-train qui se dérobe et oscille. Les cas les plus atteints restent couchés et meurent faute de téter.
Chez l'agneau, forme retardée : l'agneau naît normal, puis dans les premières semaines la démarche devient hésitante, les postérieurs se croisent, il trébuche, tombe quand il court, et finit parfois paralysé de l'arrière-train. La conscience et l'appétit restent normaux, ce qui est caractéristique.
Chez les animaux plus âgés, les signes sont plus discrets : croissance ralentie, animaux qui restent petits, toison sèche et sans ondulation, laine qui se décolore, poils décolorés autour des yeux chez les races à face pigmentée.
Anémie avec muqueuses pâles, fatigue à l'effort.
Diarrhée chez une partie des animaux.
Os fragiles, fractures ou boiteries sans cause traumatique évidente.
Baisse de fertilité dans le troupeau.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
Manque direct de cuivre dans les sols, donc dans les fourrages et les céréales produits sur l'exploitation. Certaines régions et certains types de sols sont connus pour cela.
Blocage de l'absorption, plus fréquent que le manque direct : un excès de molybdène, de soufre ou de fer dans les fourrages ou dans l'eau empêche le cuivre présent d'être utilisé. La ration peut alors contenir assez de cuivre sur le papier et l'animal en manquer réellement.
Utilisation d'un complément minéral pauvre en cuivre ou inadapté aux ovins.
Besoins accrus non couverts : gestation multiple, forte croissance des agneaux.
Élevages qui produisent la totalité de leurs fourrages sur des sols pauvres en cuivre ou riches en molybdène.
Eaux de boisson riches en sulfates ou en fer.
Brebis gestantes non complémentées ou complémentées avec un minéral inadapté.
Races et lignées qui diffèrent dans leur capacité à utiliser le cuivre.
Absence d'analyse de fourrage : la carence comme l'excès s'installent sans signe visible pendant des mois.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Le diagnostic ne se pose pas à l'œil. Le vétérinaire s'appuie sur les signes du troupeau, sur des analyses de sang, sur l'analyse des fourrages et de l'eau, et parfois sur l'examen du foie d'un animal mort ou abattu.
Ces analyses servent autant à confirmer la carence qu'à écarter l'excès, car certains signes se recoupent et la conduite à tenir est opposée.
Chez un agneau qui titube, le vétérinaire doit également écarter d'autres causes : maladie du muscle blanc, traumatisme de la colonne, infections nerveuses, parasites.
Avant toute complémentation, il faut connaître ce que la ration apporte déjà, y compris par l'eau et par les blocs à lécher.
Traitement
La complémentation en cuivre est décidée, dosée et suivie par le vétérinaire, jamais par initiative personnelle. La quantité et la forme dépendent de la ration, de l'eau, de la race et de ce que les animaux reçoivent déjà.
Chez les agneaux déjà atteints dans leurs nerfs, les lésions sont irréversibles : la complémentation ne fait pas remarcher un agneau paralysé. Elle protège en revanche les agneaux à naître et ceux qui ne sont pas encore atteints.
Les agneaux légèrement touchés peuvent survivre et grandir avec une démarche imparfaite ; les cas graves ne sont pas récupérables et une décision doit être prise avec le vétérinaire pour éviter la souffrance.
Chez les adultes, la correction améliore la croissance, la toison et la fertilité, mais toujours sous contrôle d'analyses régulières.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Faire analyser les fourrages, les concentrés et l'eau avant de complémenter : c'est la seule façon de savoir s'il y a carence, blocage par le molybdène ou le soufre, ou déjà excès.
Complémenter les brebis gestantes selon les recommandations du vétérinaire, en tenant compte de tout ce que les animaux ingèrent par ailleurs.
Avertissement majeur : ne jamais donner à des ovins un aliment, un bloc à lécher ou un minéral destiné aux bovins, aux porcs, aux volailles ou aux chevaux. Ces produits contiennent des taux de cuivre parfaitement adaptés à ces espèces et toxiques pour le mouton, qui accumule le cuivre dans son foie pendant des semaines sans montrer le moindre signe. Puis le foie libère brutalement sa charge : l'animal devient jaune, ses urines deviennent très foncées, il s'abat et meurt souvent en un à deux jours. Cette erreur est fréquente et grave, et elle frappe souvent plusieurs animaux à la fois.
Même prudence avec les fumiers de volailles épandus sur les pâtures et avec les restes d'aliments d'autres espèces distribués aux moutons.
Ne pas cumuler plusieurs sources de cuivre : un aliment complémenté, plus un bloc à lécher, plus un traitement, cela finit par faire beaucoup.
Suivre régulièrement le statut du troupeau avec le vétérinaire plutôt que d'installer une complémentation permanente et de ne plus y penser.
Complications possibles
Agneaux paralysés définitivement, non récupérables.
Mortalité des agneaux dans les premiers jours, faute de pouvoir téter.
Anémie et retard de croissance durables.
Fractures et boiteries liées à la fragilité de l'os.
Intoxication par le cuivre en cas de complémentation excessive ou d'aliment destiné à une autre espèce : jaunisse, urines très foncées, abattement brutal et mort. C'est la complication la plus dangereuse et elle est d'origine humaine.
Quand consulter un vétérinaire
Des agneaux naissent qui ne se lèvent pas ou dont l'arrière-train se dérobe.
Plusieurs agneaux du même lot titubent ou tombent en courant alors qu'ils mangent normalement.
Les agneaux restent petits, la toison est sèche et décolorée, les brebis maigrissent sans cause évidente.
Des animaux deviennent brutalement jaunes, abattus, avec des urines très foncées : urgence, et signalez immédiatement tout aliment ou minéral récemment introduit.
Vous envisagez de complémenter en cuivre : demandez un avis et des analyses avant, jamais après.
Pronostic
Chez les agneaux atteints dans leurs nerfs, le pronostic individuel est mauvais : les lésions ne se réparent pas.
À l'échelle du troupeau, le pronostic est bon dès lors que la ration des brebis gestantes est corrigée : les agneaux des campagnes suivantes naissent normaux.
En cas d'intoxication par excès de cuivre, le pronostic des animaux qui présentent une jaunisse est très sombre, mais les autres animaux du lot peuvent être protégés en retirant immédiatement la source.
Questions fréquentes
Puis-je mettre à mes moutons le bloc à lécher que j'utilise pour mes vaches ?
Non, jamais. Les minéraux pour bovins contiennent des niveaux de cuivre normaux pour la vache et toxiques pour le mouton. L'accumulation se fait en silence dans le foie, puis l'animal meurt brutalement. Utilisez uniquement des produits portant une mention explicite pour ovins.
Mes agneaux titubent : est-ce forcément le cuivre ?
Non. La maladie du muscle blanc, un traumatisme, une infection nerveuse ou une atteinte parasitaire donnent des tableaux voisins. Seul le vétérinaire, avec des analyses de sang et de fourrage, peut trancher, et la conduite à tenir n'est pas la même.
Un agneau paralysé peut-il guérir si je donne du cuivre ?
Non. Les nerfs déjà touchés ne se réparent pas. La correction protège les agneaux à naître et ceux qui ne sont pas encore atteints ; elle ne fait pas remarcher un agneau paralysé.
Ma ration contient du cuivre sur l'étiquette, mes moutons peuvent-ils quand même en manquer ?
Oui. Un excès de molybdène, de soufre ou de fer dans les fourrages ou dans l'eau bloque l'utilisation du cuivre présent. C'est pour cette raison que l'analyse porte sur les fourrages et l'eau, et pas seulement sur l'étiquette de l'aliment.
Références
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
EFSA — Autorité européenne de sécurité des aliments
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 09 août 2026
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