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Dermatite interdigitée ovine
La dermatite interdigitée, que beaucoup d'éleveurs appellent le scald ou l'échauffement, est une inflammation de la peau située entre les deux onglons. Elle n'atteint que la peau : la corne du pied reste attachée et intacte. C'est la premiè...
De quoi s'agit-il ?
La dermatite interdigitée, que beaucoup d'éleveurs appellent le scald ou l'échauffement, est une inflammation de la peau située entre les deux onglons. Elle n'atteint que la peau : la corne du pied reste attachée et intacte.
C'est la première cause de boiterie dans les troupeaux ovins, en particulier chez les agneaux au pâturage après une période humide.
Son importance ne vient pas de sa gravité individuelle, qui est faible, mais de deux choses. D'abord elle fait mal : un agneau qui boite pâture moins et cesse de grandir, et cette perte de croissance se paie sur la vente. Ensuite, et surtout, elle prépare le terrain au piétin. La bactérie qui provoque le scald est la même que celle du piétin, dans une version moins agressive ; lorsqu'une souche plus virulente est présente dans le troupeau, elle profite de cette peau déjà abîmée pour s'installer et attaquer la corne.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Boiterie d'apparition rapide, souvent sur plusieurs animaux du même lot à la fois, dans les jours qui suivent une pluie ou un passage sur une pâture humide.
En écartant les deux onglons : peau rouge vif, gonflée, humide, parfois blanchie et macérée comme une peau restée trop longtemps dans l'eau.
Enduit gris ou blanchâtre au fond de l'espace entre les onglons, poils absents ou collés sur la zone.
Légère odeur désagréable, bien moins marquée que celle du piétin.
Douleur nette à la pression de la zone : l'animal retire vivement le pied.
Pied chaud lorsqu'on le compare à celui du côté opposé.
Animal qui reste couché, qui se déplace peu, qui pâture à genoux dans les cas marqués.
Un ou plusieurs pieds atteints, souvent les antérieurs.
Agneaux qui restent en arrière du lot, qui cessent de grandir, lots qui se déclassent.
Point essentiel : la corne du pied reste bien attachée, rien ne se décolle sous la sole et sur les parois. Si elle se décolle, il ne s'agit plus de scald.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
Une bactérie vivant naturellement sur la peau et dans le pied des ovins, la même famille que celle responsable du piétin mais dans des souches peu agressives, se multiplie quand la peau entre les onglons reste humide et ramollie.
Une autre bactérie, très présente dans les sols souillés par les déjections, accompagne presque toujours la première et aggrave l'inflammation.
L'humidité est le facteur déclenchant absolu : herbe mouillée, rosée, boue, litière détrempée, abords piétinés des abreuvoirs et des points de distribution.
La chaleur associée à l'humidité accélère le phénomène, ce qui explique les crises après les pluies et sur les parcelles irriguées.
Les cailloux, chaumes et sols abrasifs blessent la peau entre les onglons et ouvrent la porte aux bactéries.
Un pied qui n'a pas été paré depuis longtemps, avec de la corne repliée qui retient la boue, entretient l'humidité en permanence.
Périodes humides, pluies, rosées matinales, irrigation, hivernage en bergerie sur litière détrempée.
Surdensité, litière non renouvelée, abords d'abreuvoirs boueux.
Pâturages courts et abrasifs, chaumes, terrains caillouteux.
Agneaux et jeunes animaux, plus sensibles que les adultes.
Pieds non parés, corne longue et repliée qui emprisonne la boue.
Passages répétés dans les mêmes couloirs de contention.
Introduction d'animaux sans quarantaine ni examen des pieds.
Présence du piétin dans le troupeau, qui aggrave l'ensemble.
Transmission
La contamination se fait par le sol et par la litière, où les bactéries sont apportées par les animaux atteints.
Les zones de passage obligé sont les points chauds de la contamination : entrée des parcelles, abords des abreuvoirs, couloirs, aires de distribution du fourrage, où tous les animaux posent le pied au même endroit.
Les bactéries survivent peu de temps sur un sol sec et ensoleillé, mais bien plus longtemps dans un milieu humide et souillé.
Un animal introduit sans quarantaine peut apporter des souches plus agressives, capables de faire basculer un troupeau du simple scald vers le piétin.
Il n'y a aucun risque pour l'homme.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
L'examen du pied est indispensable : on ne juge pas une boiterie de loin. L'animal doit être contenu, le pied soulevé, nettoyé, et les deux onglons écartés pour voir la peau du fond.
Le vétérinaire distingue le scald du piétin en cherchant un décollement de la corne. C'est le geste décisif : il sonde le bord de la sole et du talon pour voir si un instrument passe sous la corne. Si la corne tient, c'est un scald ; si elle se décolle, c'est un piétin, et la stratégie change entièrement.
Il écarte aussi les autres causes de boiterie : abcès du pied, corps étranger coincé entre les onglons, dermatite digitée contagieuse qui commence au bourrelet au-dessus de l'onglon, fourbure, arthrite, fracture.
Il évalue le nombre d'animaux atteints dans le lot : une atteinte massive et brutale après une pluie oriente vers le scald, une atteinte progressive qui s'aggrave malgré les soins oriente vers autre chose.
Une visite de troupeau avec examen d'un échantillon d'animaux permet de faire un état des lieux avant d'engager une stratégie.
Le vétérinaire peut également former l'éleveur au parage correct : un mauvais parage abîme le pied et aggrave les boiteries.
Traitement
Le premier geste est de sortir les animaux de l'humidité : les mettre sur une parcelle sèche, ou sur une litière propre et abondante en bâtiment. Sans cela, aucun traitement ne tient.
Un traitement local, appliqué directement sur la peau entre les onglons après nettoyage, est en général suffisant. Le produit et son mode d'emploi sont indiqués par le vétérinaire ; certaines présentations à pulvériser relèvent de la prescription.
Lorsque beaucoup d'animaux sont atteints, le passage en pédiluve traite tout le lot en une fois. La solution utilisée, sa concentration, la fréquence des passages et le temps de contact se décident avec le vétérinaire : une préparation trop concentrée brûle les pieds, trop diluée elle ne sert à rien, et un pédiluve sale devient lui-même une source de contamination.
Un point pratique décisif : les animaux doivent sortir du pédiluve sur une aire propre et sèche et y rester un moment. Les faire passer puis les renvoyer immédiatement dans la boue annule tout le bénéfice.
Un parage doux, limité à ce qui est nécessaire, permet de retirer la corne repliée qui retient la boue. Il ne faut pas parer à vif : un parage agressif crée des plaies et fabrique des boiteries.
Un traitement par voie générale, sur prescription, est réservé aux cas sévères ou à ceux qui ne répondent pas, et doit alors faire reconsidérer le diagnostic.
Les animaux qui rechutent sans arrêt malgré une conduite correcte doivent être examinés à nouveau : il s'agit souvent d'un piétin ou d'une dermatite digitée contagieuse pris pour un scald.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Garder les pieds au sec autant que possible : drainer les zones boueuses, empierrer ou bétonner les abords des abreuvoirs et des points de distribution, déplacer les râteliers.
Pailler abondamment et renouveler la litière en bâtiment ; une litière détrempée fabrique des boiteries à elle seule.
Éviter la surdensité et les stationnements prolongés dans les couloirs.
Faire tourner les parcelles et éviter les pâtures très humides aux périodes à risque.
Examiner les pieds lors de chaque manipulation du troupeau et traiter immédiatement les premiers boiteux, plutôt que d'attendre que le lot entier soit touché.
Mettre en quarantaine tout animal acheté, lui examiner les pieds et le faire passer en pédiluve avant de le mettre au contact du troupeau : c'est ainsi qu'on évite d'importer un piétin.
Organiser des passages en pédiluve aux périodes à risque, selon un plan établi avec le vétérinaire.
Parer les pieds à un rythme raisonnable et apprendre le geste correct : le parage excessif fait plus de mal que de bien.
Séparer et soigner à part les animaux boiteux, pour ne pas contaminer les zones de passage du reste du troupeau.
Vaccination
Il n'existe pas de vaccin visant spécifiquement la dermatite interdigitée.
Des vaccins existent en revanche contre le piétin dans certains pays, et peuvent être discutés avec le vétérinaire dans les troupeaux fortement touchés : en réduisant la pression de piétin, ils réduisent aussi l'ensemble des boiteries. Leur disponibilité et leur intérêt dépendent de la situation locale.
Complications possibles
Évolution vers le piétin lorsque des souches agressives sont présentes dans le troupeau : c'est la complication la plus coûteuse.
Perte de croissance chez les agneaux, qui ne se rattrape pas complètement.
Perte d'état corporel des brebis, avec conséquences sur la fertilité et sur la lactation.
Animaux qui restent couchés, s'affaiblissent et deviennent la cible des mouches.
Surinfection des lésions et abcès du pied.
Boiteries chroniques et réformes anticipées.
Agneaux qui, ne pouvant plus suivre le troupeau, se font distancer et meurent d'accident ou de prédation.
Quand consulter un vétérinaire
Plusieurs animaux d'un même lot se mettent à boiter en même temps, surtout après une période humide.
La boiterie persiste malgré les soins locaux et le passage sur une parcelle sèche.
La corne du pied se décolle ou un instrument passe dessous : ce n'est plus un scald, appelez le vétérinaire.
Une mauvaise odeur forte se dégage du pied.
Un seul pied est très douloureux avec un gonflement au-dessus de l'onglon.
Les lésions commencent au bourrelet, juste au-dessus de la corne, et descendent : cela évoque une autre maladie, plus grave.
Des agneaux cessent de grandir et restent couchés : la boiterie coûte plus cher qu'on ne croit.
Pronostic
Excellent : traités et mis au sec, les animaux guérissent rapidement et sans séquelle.
Les rechutes sont fréquentes tant que les conditions humides persistent, mais elles ne laissent pas de dégât durable au pied.
Le pronostic se dégrade seulement si la maladie évolue vers un piétin, ce qui engage alors une lutte de troupeau bien plus longue.
À l'échelle de l'exploitation, l'assainissement des zones boueuses donne des résultats spectaculaires et durables.
Questions fréquentes
Comment savoir si c'est un scald ou un piétin ?
En regardant si la corne se décolle. Dans le scald, la peau entre les onglons est rouge et humide mais la corne tient bien. Dans le piétin, la corne se décolle de la chair, on peut passer un instrument dessous, et l'odeur est franchement putride. Cette différence commande toute la conduite à tenir : demandez au vétérinaire de vous montrer le geste une fois, vous saurez le faire ensuite.
Faut-il parer tous les pieds quand mes moutons boitent ?
Non, et c'est une erreur répandue. Le parage systématique et agressif crée des plaies, fait saigner et fabrique de nouvelles boiteries. Il faut se limiter à retirer la corne repliée qui retient la boue. Le traitement du scald, c'est d'abord de sortir les animaux de l'humidité et de traiter la peau.
Mon pédiluve ne donne rien, pourquoi ?
Plusieurs raisons possibles : solution trop diluée ou au contraire trop concentrée, bain sale et chargé de boue, temps de contact trop court, ou animaux renvoyés directement dans la boue en sortant. Ce dernier point est le plus fréquent : il faut les laisser sur une aire propre et sèche après le passage. Faites établir le protocole par votre vétérinaire.
Une boiterie fait-elle vraiment perdre de l'argent ?
Beaucoup plus qu'on ne l'imagine. Un animal qui a mal pâture moins et se déplace moins : les agneaux cessent de grandir, les brebis perdent de l'état, la fertilité et la lactation en souffrent. Le coût réel d'un lot de boiteux se compte en kilos non produits, bien avant le prix des médicaments.
Références
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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