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Haemonchose
L'haemonchose est due à un ver rond, Haemonchus contortus, qui se fixe dans la caillette, le véritable estomac des ruminants, et se nourrit de sang. C'est le parasite interne le plus redouté des élevages ovins du pourtour méditerranéen, y c...
De quoi s'agit-il ?
L'haemonchose est due à un ver rond, Haemonchus contortus, qui se fixe dans la caillette, le véritable estomac des ruminants, et se nourrit de sang.
C'est le parasite interne le plus redouté des élevages ovins du pourtour méditerranéen, y compris en Tunisie et au Maghreb, parce qu'il aime la chaleur et l'humidité.
Chaque ver ne prélève qu'une goutte de sang, mais ils sont souvent des milliers : l'animal se vide de son sang de l'intérieur, jour après jour.
À retenir
L'haemonchose peut tuer en quelques jours, souvent les plus beaux agneaux, et sans jamais donner de diarrhée. Une muqueuse pâle chez un ovin au pâturage doit déclencher un appel au vétérinaire le jour même.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Pâleur des muqueuses : l'intérieur de la paupière inférieure, les gencives et la vulve passent du rose franc au rose pâle, puis au blanc nacré. C'est le signe le plus fiable et le plus précoce.
Gonflement mou et froid sous la mâchoire, entre les deux branches de l'os, qui apparaît souvent le soir et se creuse sous le doigt : il traduit une anémie déjà avancée.
Animaux qui restent en arrière du troupeau, qui s'arrêtent souvent, qui soufflent après quelques mètres de marche ou de côte.
Amaigrissement progressif, laine terne, qui se détache ou casse.
Agneaux qui cessent de grandir alors que l'herbe est bonne.
Dans la forme la plus brutale, des animaux sont retrouvés morts au pâturage sans avoir paru malades la veille, et ce sont souvent les mieux portants.
La diarrhée est en général absente : son absence n'écarte donc jamais le diagnostic.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
Le ver adulte vit dans la caillette et y pond des œufs en très grand nombre, qui partent dans les crottes.
Sur le sol, les œufs éclosent et donnent des larves qui montent sur les brins d'herbe dès qu'il y a de l'humidité, rosée du matin, pluie ou irrigation. Les animaux les avalent en pâturant.
La chaleur associée à l'humidité fait exploser les populations de larves en quelques semaines : c'est ce qui explique les crises après les pluies, sur les parcelles irriguées et autour des points d'eau.
Les larves avalées peuvent aussi se mettre en pause dans la paroi de la caillette pendant la saison défavorable, puis repartir toutes ensemble, souvent au moment des mises bas. L'éleveur voit alors une crise sans que les animaux aient été mis dans une parcelle neuve.
Agneaux et jeunes animaux : leur immunité n'est pas encore en place, ce sont eux qui paient le plus lourd tribut.
Brebis autour de la mise bas et en début de lactation : leurs défenses baissent naturellement et elles se remettent à éliminer beaucoup d'œufs.
Saison chaude et humide, périodes qui suivent les pluies, parcelles irriguées, bas-fonds, abords des abreuvoirs et des points d'ombre où les animaux stationnent.
Chargement élevé, pâturage ras, retour trop fréquent sur les mêmes parcelles.
Introduction d'animaux sans quarantaine.
Alimentation insuffisante, en particulier en protéines : un animal mal nourri résiste beaucoup moins bien.
Troupeaux vermifugés systématiquement à date fixe depuis des années, où les vers résistants ont pris le dessus.
Transmission
La contamination se fait uniquement par l'herbe : il n'y a pas de contagion directe d'un animal à l'autre, ni au contact de l'homme.
Un animal infesté sème des œufs partout où il pâture ; la parcelle reste dangereuse tant que les conditions permettent aux larves de survivre.
Les larves se concentrent dans les premiers centimètres au-dessus du sol : plus l'herbe est rase, plus les animaux en avalent.
Un animal acheté et lâché directement au troupeau peut introduire, en une seule fois, des vers résistants aux antiparasitaires sur une exploitation jusque-là préservée.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Le vétérinaire commence par examiner la couleur des muqueuses de plusieurs animaux du lot, pas seulement de celui qui a alerté. Une grille de couleurs, comparée à l'intérieur de la paupière, permet de classer les animaux et de repérer ceux qui doivent être traités en premier ; son usage s'apprend auprès du vétérinaire, car une mauvaise lecture fait passer à côté des cas graves.
Une analyse de crottes, la coproscopie, compte les œufs de parasites. Elle se fait sur un échantillon représentatif du lot, jamais sur un seul animal, et elle distingue l'haemonchose des autres vers.
Une prise de sang évalue la profondeur de l'anémie.
L'autopsie d'un animal mort est très instructive : les vers rouges, fins et enroulés, sont visibles à l'œil nu dans la caillette ouverte. Ne jetez pas un animal mort sans en parler au vétérinaire.
Une coproscopie répétée après un traitement permet de vérifier que le produit utilisé fonctionne encore sur l'exploitation.
Traitement
Le traitement repose sur des antiparasitaires internes, qui existent en plusieurs familles chimiques distinctes. Le choix de la famille, de la forme et du moment revient au vétérinaire, en fonction de ce qui reste efficace dans la région et sur l'exploitation.
Aucune dose ni aucun rythme ne doit être décidé de sa propre initiative : le sous-dosage est la première cause d'échec et il sélectionne directement les vers résistants. Les animaux les plus lourds du lot servent de référence pour l'ajustement, qui reste du ressort du vétérinaire.
Les animaux très anémiés ont besoin de plus qu'un vermifuge : repos, ombre, eau propre, alimentation riche, absence de transport et de manipulation brutale. Une transfusion peut être envisagée sur des animaux de valeur, en clinique.
Traiter tout le troupeau à date fixe, sans analyse, est aujourd'hui déconseillé : cette pratique est le principal moteur de la résistance aux antiparasitaires. L'approche recommandée consiste à s'appuyer sur les analyses de crottes et l'examen des muqueuses pour ne traiter que les animaux qui en ont besoin, en laissant volontairement une partie du troupeau non traitée afin de conserver des vers encore sensibles aux produits.
Les délais d'attente pour la viande et pour le lait, indiqués sur la notice de chaque produit, doivent être respectés à la lettre : ils diffèrent d'une molécule à l'autre et certains produits sont interdits chez les femelles produisant du lait de consommation. Faites préciser ce point par le vétérinaire avant tout abattage ou toute traite.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Gérer le pâturage : faire tourner les parcelles, ne pas laisser les animaux raser l'herbe, retarder l'entrée sur les zones humides, éviter les bas-fonds au petit matin quand la rosée fait monter les larves.
Alterner, quand c'est possible, avec des bovins ou des équidés sur une même parcelle : ils réduisent la pression de larves pour les ovins.
Réserver les parcelles les plus saines aux agneaux et aux brebis en fin de gestation, qui sont les plus fragiles.
Mettre en quarantaine tout animal acheté, le traiter selon l'avis du vétérinaire et ne le lâcher au pâturage qu'ensuite : c'est le geste qui évite d'importer des vers résistants.
Surveiller régulièrement la couleur des muqueuses de son troupeau, et pas seulement des animaux qui paraissent malades.
Faire des analyses de crottes avant de traiter, et vérifier de temps en temps que le produit utilisé fonctionne encore.
Nourrir correctement, notamment en protéines : un troupeau bien alimenté supporte beaucoup mieux le parasitisme.
À plus long terme, réformer les animaux qui font des crises à répétition et garder pour la reproduction ceux qui restent en bon état sans traitement.
Complications possibles
Mort de l'animal, parfois en quelques jours et sans signe annonciateur.
Avortements, agneaux petits et faibles à la naissance, brebis qui ne montent pas en lait.
Retard de croissance durable chez les agneaux, qui ne se rattrape pas complètement.
Sensibilité accrue à toutes les autres maladies, car un animal anémié se défend mal.
Toison dévalorisée et carcasses maigres.
Installation d'une résistance aux antiparasitaires sur l'exploitation, qui prive l'éleveur de familles de produits entières pour les années suivantes.
Quand consulter un vétérinaire
L'intérieur de la paupière ou les gencives d'un animal sont pâles ou blanchâtres : c'est une urgence, ne remettez pas au lendemain.
Un gonflement mou apparaît sous la mâchoire.
Un animal reste couché, ne suit plus le troupeau ou souffle au moindre effort.
Un ou plusieurs animaux meurent brutalement au pâturage sans avoir paru malades.
Les agneaux ne grandissent plus alors que l'herbe et l'alimentation sont correctes.
Les animaux vont mal peu de temps après un vermifuge : le produit ne fonctionne peut-être plus, il faut le vérifier avec le vétérinaire.
Une crise survient dans les semaines qui suivent les mises bas.
Pronostic
Un animal repéré tôt, à muqueuses encore rosées, récupère bien après traitement et bonne alimentation.
Un animal déjà très anémié, couché, avec un œdème sous la mâchoire, garde un pronostic réservé même traité : la reconstitution du sang prend du temps et une manipulation brutale peut suffire à le tuer.
À l'échelle du troupeau, tout dépend de l'état des résistances : là où plusieurs familles d'antiparasitaires ne fonctionnent plus, la maîtrise repose surtout sur le pâturage, l'alimentation et le tri des animaux.
Questions fréquentes
Mes moutons n'ont pas la diarrhée, cela peut-il quand même être des vers ?
Oui, et c'est précisément le piège de l'haemonchose. Ce ver se nourrit de sang, il ne provoque pas de diarrhée dans la plupart des cas. Le signe à surveiller n'est pas la crotte mais la couleur de l'intérieur de la paupière.
Pourquoi me dit-on d'arrêter de vermifuger tout le troupeau à date fixe ?
Parce que cette pratique ne laisse survivre que les vers capables de résister au produit, qui repeuplent ensuite la parcelle. Au bout de quelques années, le produit ne fait plus rien. Analyser les crottes et ne traiter que les animaux qui en ont besoin conserve l'efficacité des produits beaucoup plus longtemps.
Le gonflement sous la mâchoire, est-ce de l'eau ou un abcès ?
Il s'agit le plus souvent d'un œdème, une accumulation de liquide liée au manque de protéines dans le sang. Il est mou, froid, indolore et se creuse quand on appuie, contrairement à un abcès qui est chaud et douloureux. C'est un signe d'anémie avancée : appelez le vétérinaire.
J'ai vermifugé il y a peu et les animaux vont mal, est-ce normal ?
Non. Cela évoque soit un sous-dosage, soit des vers devenus résistants au produit, soit une recontamination immédiate sur une parcelle très chargée. Le vétérinaire peut le vérifier par une analyse de crottes réalisée après le traitement.
Puis-je abattre ou traire un animal juste après un traitement ?
Non. Chaque produit impose un délai d'attente avant que la viande ou le lait puissent être consommés ou vendus, et ce délai n'est pas le même d'un produit à l'autre. Certains sont même interdits chez les femelles laitières. Demandez systématiquement ce délai au vétérinaire ou lisez la notice.
Références
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
ANSES — Agence nationale de sécurité sanitaire (France)
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 09 août 2026
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Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.
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