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Intoxication par le laurier-rose
Le laurier-rose est un arbuste ornemental à fleurs roses ou blanches, planté partout dans les régions méditerranéennes : haies de jardins, bords de routes, ronds-points, cours de fermes, abords d'écoles et de bâtiments publics. Il est beau,...
De quoi s'agit-il ?
Le laurier-rose est un arbuste ornemental à fleurs roses ou blanches, planté partout dans les régions méditerranéennes : haies de jardins, bords de routes, ronds-points, cours de fermes, abords d'écoles et de bâtiments publics. Il est beau, résistant à la sécheresse, et il est extrêmement toxique.
Toutes ses parties contiennent des substances qui agissent directement sur le cœur : feuilles, fleurs, tiges, graines, sève. Une très petite quantité suffit pour tuer un mouton.
Le séchage ne détruit rien. Des feuilles tombées dans un tas de foin, des branches de taille jetées par-dessus une clôture, un fagot posé près de la bergerie : ce sont les scénarios les plus fréquents, et ils sont souvent le fait d'une personne bien intentionnée qui voulait donner de la verdure aux animaux.
À retenir
Quelques feuilles de laurier-rose suffisent à tuer un mouton, et le séchage ne les rend pas moins dangereuses : des feuilles tombées dans du foin ou des branches de taille jetées dans une parcelle ont déjà décimé des troupeaux entiers. Ne jetez jamais de déchets de taille aux animaux et prévenez vos voisins : c'est le geste de prévention le plus utile.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Les signes apparaissent en général dans les heures qui suivent l'ingestion, parfois plus vite.
Salivation abondante, mousse aux lèvres, refus de manger, arrêt de la rumination.
Douleurs abdominales : animal qui gémit, grince des dents, regarde son flanc, piétine, se couche et se relève.
Diarrhée, parfois teintée de sang.
Régurgitations et efforts de vomissement, inhabituels chez le mouton et donc très frappants.
Le cœur est le véritable organe cible : rythme cardiaque irrégulier, trop lent ou trop rapide, pouls faible. Le vétérinaire l'entend immédiatement à l'auscultation.
Muqueuses pâles ou froides, extrémités froides.
Tremblements musculaires, faiblesse, démarche titubante.
Respiration difficile.
Puis chute, animal couché qui ne se relève pas, et mort souvent en quelques heures.
Beaucoup d'animaux sont simplement retrouvés morts, sans que rien n'ait été observé.
Plusieurs animaux du même lot peuvent mourir ensemble s'ils ont eu accès aux mêmes branches.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
Ingestion de feuilles, de fleurs, de tiges ou de graines de laurier-rose, fraîches ou sèches.
Branches de taille jetées dans une parcelle ou par-dessus une clôture, geste très fréquent et presque toujours fait sans mauvaise intention.
Feuilles tombées dans un tas de foin ou de fourrage stocké sous un laurier-rose, ou mélangées à des déchets verts distribués aux animaux.
Haies de laurier-rose bordant une parcelle, un enclos ou une cour de ferme, à portée de dents.
Animaux échappés ou en divagation qui broutent des haies de jardins ou de bords de route.
Animaux affamés, qui deviennent beaucoup moins sélectifs et mangent ce qu'ils éviteraient normalement.
Fumée de branches brûlées, à éviter également, et eau ayant stagné au contact de branches coupées.
Présence de laurier-rose dans la cour de la ferme, autour de la maison, en haie de parcelle ou en bordure de route : autrement dit, une situation extrêmement courante en Tunisie et au Maghreb.
Périodes de taille des haies, où des branches coupées se retrouvent à portée des animaux.
Animaux affamés, en fin de saison sèche ou en manque de fourrage.
Animaux en divagation ou parcelles mal clôturées près des habitations.
Stockage de fourrage sous ou près d'un laurier-rose.
Distribution de déchets verts de jardin aux animaux, pratique à proscrire entièrement.
Animaux nouvellement arrivés, qui ne connaissent pas la parcelle et goûtent à tout.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
C'est une urgence vitale : appelez le vétérinaire immédiatement, sans attendre de voir si cela s'améliore.
Le diagnostic repose sur le contexte et sur l'examen du cœur. Si vous savez ou soupçonnez qu'il y a eu accès à du laurier-rose, dites-le d'emblée : cela oriente immédiatement le traitement.
Le vétérinaire ausculte le cœur, dont le rythme irrégulier est très évocateur, et évalue l'état circulatoire.
Un examen du contenu du rumen, sur l'animal vivant ou après la mort, peut mettre en évidence des fragments de feuilles caractéristiques : c'est un élément de preuve précieux.
Conservez les branches suspectes et montrez-les au vétérinaire, ou photographiez la haie en cause.
L'examen d'un animal mort permet de confirmer et surtout d'alerter sur le danger encouru par le reste du lot.
Le vétérinaire écarte les autres causes de mort subite chez le mouton, notamment l'entérotoxémie, d'autres plantes toxiques et le charbon, qui imposent des conduites différentes.
Traitement
Il n'existe pas d'antidote spécifique : le traitement est un traitement de soutien et d'urgence, mis en œuvre par le vétérinaire.
Le vétérinaire peut chercher à limiter l'absorption du toxique encore présent dans le tube digestif, soutenir la circulation par perfusion et tenter de stabiliser le rythme cardiaque, sur des animaux qui en ont encore les moyens.
Aucun produit ne doit être administré par l'éleveur : ni purge, ni huile, ni breuvage. Faire boire de force un animal affaibli le fait inhaler et aggrave tout.
La mesure la plus efficace, et souvent la seule qui sauve des animaux, est de retirer immédiatement le lot de la zone et d'enlever toutes les branches accessibles.
Manipuler les animaux atteints le moins possible et le plus calmement possible : l'effort et le stress fatiguent un cœur déjà en difficulté et peuvent le faire lâcher.
Surveiller très étroitement tous les animaux du lot pendant au moins vingt-quatre heures, y compris ceux qui paraissent normaux.
Les carcasses d'animaux morts ne doivent pas être consommées ni données aux chiens.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Ne planter aucun laurier-rose à proximité des animaux, et arracher ceux qui bordent les parcelles, les enclos et les cours de ferme quand c'est possible.
À défaut, clôturer solidement de façon que les animaux ne puissent pas atteindre les branches, en tenant compte du fait qu'un mouton se dresse pour attraper une feuille.
Ne jamais jeter de déchets de taille dans une parcelle ou par-dessus une clôture : les évacuer et les détruire, et prévenir toute personne susceptible de le faire, voisins compris. C'est le message de prévention le plus important de cette fiche.
Ne jamais donner de déchets verts de jardin aux moutons, quelle que soit leur apparence.
Stocker le fourrage à l'écart des lauriers-roses, jamais sous un arbuste dont les feuilles peuvent tomber dedans.
Vérifier les fourrages achetés et les bottes livrées, surtout s'ils viennent de zones proches d'habitations.
Bien nourrir les animaux : un troupeau rassasié est beaucoup plus sélectif qu'un troupeau affamé.
Sensibiliser les enfants et les personnes qui aident à la ferme : ils donnent souvent de la verdure aux animaux en croyant bien faire.
Ne pas brûler de branches de laurier-rose près des bâtiments d'élevage.
Complications possibles
Mort subite, très souvent avant tout traitement.
Atteinte durable du muscle cardiaque chez les rares survivants, avec des animaux qui ne supportent plus l'effort.
Avortements chez les femelles gestantes.
Pertes multiples dans un même lot, l'accès ayant été collectif.
Carcasses impropres à la consommation.
Récidive tant que la haie ou le tas de branches reste accessible.
Quand consulter un vétérinaire
Vous constatez que des animaux ont eu accès à du laurier-rose : appelez immédiatement, même si personne ne montre encore de signe.
Un animal bave, gémit, grince des dents et refuse de manger.
Un animal a le cœur qui bat de façon irrégulière ou paraît très faible.
Des animaux sont retrouvés morts sans explication près d'une haie ou d'un tas de branches vertes.
Un animal titube, tremble ou reste couché : urgence, appelez sans attendre.
Des branches de taille ont été jetées dans une parcelle : sortez les animaux et prévenez le vétérinaire.
Pronostic
Le pronostic est très sombre : la majorité des animaux atteints meurent, souvent dans les heures qui suivent, et beaucoup avant l'arrivée du vétérinaire.
Une prise en charge très précoce, avant l'installation des troubles cardiaques, laisse une chance.
Les survivants peuvent garder une atteinte durable du cœur.
À l'échelle du troupeau, tout se joue sur l'accès : supprimer la source met fin au problème définitivement, ce qui fait de cette intoxication l'une des plus évitables qui soient.
Questions fréquentes
Quelques feuilles peuvent-elles vraiment tuer un mouton ?
Oui. Le laurier-rose contient des substances qui agissent directement sur le cœur et une très petite quantité suffit. C'est pour cela que des animaux meurent après avoir simplement grignoté une branche passée à travers une clôture.
Les feuilles sèches sont-elles moins dangereuses ?
Non, et c'est un piège classique. Le séchage ne détruit pas le toxique. Des feuilles tombées dans un tas de foin ou une branche desséchée oubliée dans une parcelle restent mortelles des mois plus tard.
Mon voisin jette ses tailles de haie à mes moutons pour leur faire plaisir, comment lui expliquer ?
Dites-lui simplement que c'est la première cause d'empoisonnement mortel des troupeaux dans la région, et que le geste est fait de bonne foi mais tue les animaux en quelques heures. Beaucoup d'éleveurs perdent des bêtes ainsi chaque année. Les déchets de taille doivent être évacués, jamais donnés.
Puis-je manger un animal mort après avoir mangé du laurier-rose ?
Non. La carcasse d'un animal intoxiqué ne doit être ni consommée ni donnée aux chiens. Faites-la examiner et éliminer selon les règles en vigueur, et profitez du passage du vétérinaire pour sécuriser le reste du lot.
Références
ANSES — Agence nationale de sécurité sanitaire (France)
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.
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