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Listériose ovine
La listériose est une maladie bactérienne redoutée des éleveurs d'ovins, à la fois parce qu'elle tue vite et parce qu'elle est dangereuse pour l'être humain. La bactérie responsable vit naturellement dans le sol, l'eau et les végétaux en dé...
De quoi s'agit-il ?
La listériose est une maladie bactérienne redoutée des éleveurs d'ovins, à la fois parce qu'elle tue vite et parce qu'elle est dangereuse pour l'être humain.
La bactérie responsable vit naturellement dans le sol, l'eau et les végétaux en décomposition. Elle a une particularité qui explique presque tout : elle se multiplie très bien au froid et dans les milieux peu acides. C'est pourquoi elle prolifère dans les fourrages fermentés mal conservés, terreux, moisis ou en contact avec l'air.
Elle prend chez le mouton trois visages très différents. La forme nerveuse, que les éleveurs appellent le tournis, est la plus spectaculaire. La forme abortive frappe les brebis gestantes. La forme généralisée tue surtout les agneaux.
À retenir
La listériose nerveuse tue en quelques jours et ne se traite utilement que si l'on intervient dès les premiers signes. Un mouton qui tourne en rond avec une oreille ou une paupière tombante d'un seul côté est une urgence vétérinaire, et le fourrage fermenté suspect doit être retiré de la ration du troupeau le jour même. C'est en outre une zoonose grave pour la femme enceinte.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Forme nerveuse, la plus connue : l'animal s'écarte du troupeau, paraît hébété, appuie sa tête contre un mur, puis se met à tourner toujours du même côté.
La tête est penchée sur le côté et la paralysie touche une seule moitié de la face : une oreille tombe, une paupière ne se ferme plus, la lèvre pend, l'œil larmoie et finit par s'ulcérer parce qu'il n'est plus protégé.
Salivation abondante et difficulté à avaler : l'animal garde des boulettes d'herbe dans la joue, laisse pendre sa langue, ne peut plus boire correctement.
Démarche titubante, chutes, puis animal couché en poussant toujours du même côté, incapable de se relever.
Fièvre au début, souvent déjà retombée quand l'éleveur s'inquiète.
L'évolution est rapide : de quelques jours à moins d'une semaine, et sans traitement précoce l'issue est presque toujours fatale.
Forme abortive : avortements en fin de gestation, souvent avec rétention du placenta et infection de l'utérus, chez des brebis qui peuvent rester peu malades.
Forme généralisée : agneaux abattus, refusant de téter, fiévreux, qui meurent en un à trois jours.
Une forme oculaire existe aussi, avec un œil rouge, larmoyant et trouble, chez des animaux qui plongent la tête dans un râtelier contaminé.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
La bactérie est présente partout dans le milieu : sol, poussière, eau stagnante, végétaux en décomposition, crottes d'animaux porteurs.
Elle se multiplie massivement dans les fourrages fermentés mal conservés : ensilage ou enrubannage trop terreux, mal tassé, mal fermé, entamé trop lentement, exposé à l'air, moisi ou gelé. Une acidification insuffisante suffit à lui ouvrir la porte.
Les animaux avalent la bactérie avec le fourrage.
Dans la forme nerveuse, elle emprunte un chemin très particulier : elle pénètre par de petites plaies de la bouche, en particulier lors de la poussée dentaire ou après un changement d'aliment, puis remonte le long des nerfs de la face jusqu'au tronc cérébral. C'est cette remontée par un seul côté qui explique la paralysie faciale d'un seul côté et le tournis toujours dans le même sens.
Chez la brebis gestante, la bactérie passe dans le sang, gagne le placenta et tue l'agneau.
Le froid, l'humidité, les carences et le stress d'un changement de ration favorisent l'apparition des cas.
Distribution de fourrages fermentés : ensilage, enrubannage, balles humides. C'est le facteur numéro un.
Silo mal tassé, mal fermé, entamé trop lentement, front d'attaque exposé à l'air, balles percées par les oiseaux ou les rongeurs.
Fourrage récolté trop ras, chargé de terre.
Foin ou paille moisis, stockés dans un local humide.
Distribution au sol, dans la boue, ou dans des râteliers jamais nettoyés.
Saison froide et humide, période de bergerie.
Dernier tiers de gestation, période où les brebis sont les plus vulnérables.
Jeunes animaux en pleine poussée dentaire, qui présentent de petites plaies dans la bouche.
Changements brusques de ration, transport, tonte, regroupements.
Carences et animaux en mauvais état général.
Transmission
La source principale est l'aliment : fourrages fermentés mal conservés, foin très terreux, aliment souillé au sol.
La contamination directe d'un animal malade à un autre est marginale : quand plusieurs animaux tombent malades, c'est presque toujours parce qu'ils mangent tous la même chose.
Les animaux porteurs éliminent la bactérie dans leurs crottes, ce qui entretient sa présence dans le bâtiment et sur les parcelles.
Les avortons, les placentas et les écoulements des brebis qui ont avorté sont très contaminants, pour les autres animaux comme pour les personnes.
L'être humain se contamine surtout en mangeant des aliments contaminés, en particulier du lait cru et des fromages au lait cru, et par contact direct avec des produits d'avortement.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Un mouton qui tourne en rond doit être vu rapidement : plusieurs maladies très différentes donnent ce signe, et elles ne se soignent pas de la même façon.
Le vétérinaire réalise un examen nerveux complet. Deux éléments l'orientent fortement vers la listériose : la paralysie d'un seul côté de la face, avec oreille et paupière tombantes, et l'évolution rapide en quelques jours, souvent chez plusieurs animaux à la fois.
La cénurose, le tournis parasitaire, s'installe au contraire lentement, sur des semaines ou des mois, ne donne pas de fièvre, n'atteint pas la face de cette manière et touche presque toujours un animal isolé. Cette distinction change tout, car la listériose se traite si l'on intervient tôt.
Le vétérinaire écarte également les autres causes de troubles nerveux du mouton : entérotoxémie, carences, intoxications, atteintes de l'oreille interne, autres infections.
Il s'intéresse systématiquement à l'alimentation et demande à voir le silo, les balles enrubannées et le lieu de stockage : c'est là que se trouve souvent la réponse.
En cas d'avortement, il fait analyser l'avorton et le placenta, gardés au frais dans un sac fermé et manipulés avec des gants.
L'examen d'un animal mort confirme le diagnostic et permet d'agir vite sur le reste du troupeau.
Traitement
La listériose nerveuse se traite, mais uniquement si l'on intervient très tôt : dès les premiers signes, pas quand l'animal est couché. Ce point fait toute la différence entre une guérison et une perte.
Le traitement repose sur un antibiotique adapté, administré rapidement et poursuivi suffisamment longtemps, associé à un anti-inflammatoire. Le choix des produits, de la voie et de la durée revient exclusivement au vétérinaire, car la bactérie est logée dans le cerveau et tous les antibiotiques n'y accèdent pas.
Un traitement trop court ou arrêté dès l'amélioration entraîne des rechutes : c'est une erreur fréquente.
Les soins de soutien sont déterminants : abri au calme, litière épaisse pour éviter les blessures, retournement régulier d'un animal couché, apport d'eau et d'aliment liquide si l'animal ne peut plus avaler, et protection de l'œil qui ne se ferme plus.
Un animal qui ne peut plus déglutir ne doit pas être drenché de force : il inhalerait le liquide et ferait une pneumonie. Demandez au vétérinaire comment l'alimenter.
Le premier geste collectif est de retirer immédiatement le fourrage suspect de la ration de tout le troupeau. Continuer à le distribuer, c'est fabriquer les cas suivants.
Les délais d'attente viande et lait doivent être demandés au vétérinaire et respectés strictement.
Le pronostic des animaux déjà couchés est très réservé : l'euthanasie doit être discutée pour éviter une agonie longue.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Tout se joue sur la qualité des fourrages. Un fourrage fermenté réussi, bien tassé, bien fermé, récolté sans terre et consommé assez vite est le meilleur des vaccins contre cette maladie.
Écartez et ne distribuez jamais un fourrage moisi, terreux, chauffé, malodorant, ou une balle percée : le doute doit toujours profiter aux animaux.
Avancez régulièrement le front d'attaque du silo pour éviter que l'air ne s'y installe, et refermez soigneusement.
Ne ramassez pas les refus du sol pour les redistribuer.
Nettoyez les râteliers et les auges, ne distribuez pas au sol dans la boue.
Évitez les changements brusques de ration et les transitions alimentaires trop rapides.
Stockez foin et paille au sec, hors de portée des rongeurs et des oiseaux.
Séparez immédiatement tout animal présentant des signes nerveux et appelez le vétérinaire.
Isolez les brebis qui ont avorté, ramassez avortons et placentas avec des gants et faites-les éliminer selon la réglementation.
Protégez les zones de stockage et les points d'eau des déjections d'oiseaux.
Dans les élevages où la maladie revient chaque hiver, le problème est presque toujours dans le mode de conservation des fourrages : c'est là qu'il faut chercher avec le vétérinaire.
Complications possibles
Mort de l'animal en quelques jours lorsque le traitement est commencé trop tard.
Séquelles nerveuses définitives chez les animaux qui survivent : tête penchée persistante, difficulté à s'alimenter, amaigrissement.
Ulcère puis perte de l'œil qui ne se ferme plus.
Pneumonie par inhalation chez les animaux qui n'avalent plus, aggravée par les tentatives d'abreuvement forcé.
Rechute après un traitement écourté.
Avortements, infection de l'utérus et infertilité chez les brebis atteintes de la forme abortive.
Mortalité des agneaux dans la forme généralisée.
Contamination humaine, particulièrement grave chez la femme enceinte.
Quand consulter un vétérinaire
Un mouton tourne en rond, garde la tête penchée ou appuie son front contre un mur : appelez le jour même, le traitement n'est efficace que s'il est précoce.
Une oreille ou une paupière tombe d'un seul côté, la lèvre pend, l'animal bave.
Un animal garde de l'herbe dans la joue, n'arrive plus à avaler ou à boire.
Plusieurs animaux du même lot présentent des troubles nerveux en peu de temps.
Un animal atteint est déjà couché et ne se relève plus : il faut décider vite avec le vétérinaire.
Des avortements surviennent chez des brebis recevant des fourrages fermentés.
Des agneaux meurent en un à trois jours après avoir cessé de téter.
Une personne ayant manipulé des animaux malades ou des avortons présente de la fièvre, et surtout si elle est enceinte : avis médical sans délai.
Transmission à l'humain
La listériose est une zoonose grave. C'est l'une des maladies pour lesquelles les précautions à la bergerie ne sont pas une formalité.
La contamination humaine se fait principalement par l'alimentation : lait cru, fromages au lait cru, produits mal conservés au réfrigérateur. Elle peut aussi se faire par contact direct avec des avortons, des placentas ou des animaux malades, avec dans ce cas des lésions de la peau des mains et des bras.
Chez une personne en bonne santé, l'infection reste souvent bénigne. Chez la femme enceinte, elle peut provoquer un avortement, un accouchement prématuré ou une infection très grave du nouveau-né, alors même que la mère ne se sent presque pas malade. Chez les personnes âgées et immunodéprimées, elle peut atteindre le cerveau.
Règles à respecter sans exception : les femmes enceintes ne s'occupent pas des agnelages, ne touchent ni avortons ni placentas, n'approchent pas les animaux malades et ne consomment ni lait cru ni fromage au lait cru.
Ne manipulez jamais un avorton ou un placenta à mains nues, portez des gants, lavez-vous soigneusement les mains au savon ensuite, et ne rentrez pas les vêtements et bottes de bergerie dans la maison.
Ne consommez pas le lait cru d'une brebis malade ou qui vient d'avorter ; la bactérie continue de se multiplier au froid, la réfrigération ne protège pas.
Toute fièvre inexpliquée chez une personne travaillant au contact du troupeau doit amener à consulter un médecin en signalant ce contact.
Pronostic
Un animal traité dès les tout premiers signes, encore debout et capable d'avaler, a de réelles chances de guérir, parfois avec une légère tête penchée résiduelle.
Un animal déjà couché, qui ne déglutit plus, a un pronostic sombre malgré le traitement.
La forme généralisée de l'agneau est très souvent mortelle.
Les brebis de la forme abortive guérissent en général, mais peuvent garder des séquelles de l'utérus.
À l'échelle du troupeau, tout dépend de la source alimentaire : retirée à temps, l'épisode s'arrête ; maintenue, les cas se succèdent pendant des semaines.
Questions fréquentes
Mon mouton tourne en rond : est-ce la listériose ou le tournis parasitaire ?
Les deux existent et se ressemblent de loin, mais elles ne se conduisent pas pareil. La listériose évolue en quelques jours, s'accompagne souvent de fièvre et d'une paralysie d'un seul côté de la face, avec oreille et paupière tombantes, et touche fréquemment plusieurs animaux du même lot. La cénurose s'installe lentement, sur des mois, chez un animal isolé. La listériose se traite si on intervient tôt : c'est une raison suffisante pour appeler le vétérinaire le jour même.
Faut-il jeter tout mon ensilage ?
Pas nécessairement, mais tout fourrage moisi, terreux, chauffé, malodorant ou provenant d'une balle percée doit être écarté sans hésiter. Le vétérinaire vous aidera à examiner le silo, le front d'attaque et le mode de conservation. Continuer à distribuer un fourrage suspect pendant qu'on soigne un animal, c'est préparer les cas suivants.
Le lait de mes brebis est-il dangereux ?
Le lait cru d'une brebis malade ou qui vient d'avorter ne doit pas être consommé, et les fromages au lait cru sont formellement déconseillés aux femmes enceintes, aux jeunes enfants et aux personnes fragiles. La bactérie se multiplie même au réfrigérateur : le froid ne met pas à l'abri. Tout lait produit pendant un traitement doit par ailleurs être écarté selon le délai d'attente fixé par le vétérinaire.
Ma femme est enceinte, quelles précautions prendre ?
Elle ne doit pas s'occuper des agnelages, ne pas toucher les avortons ni les placentas, ne pas approcher un animal atteint de signes nerveux, et ne consommer ni lait cru ni fromage au lait cru. Cette maladie peut provoquer chez elle un avortement ou une infection grave du nouveau-né alors qu'elle se sentirait à peine malade. Les vêtements et bottes de bergerie doivent rester dehors.
Références
WOAH — Organisation mondiale de la santé animale (ex-OIE)
EFSA — Autorité européenne de sécurité des aliments
CDC — Centers for Disease Control and Prevention
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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