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Paramphistomose
La paramphistomose est due à des douves de forme conique, épaisses, rose vif à rouges, que l'on appelle douves du rumen ou douves de la panse. Ces douves ont deux visages, et c'est ce qui déroute les éleveurs. Les adultes, accrochés par gra...
De quoi s'agit-il ?
La paramphistomose est due à des douves de forme conique, épaisses, rose vif à rouges, que l'on appelle douves du rumen ou douves de la panse.
Ces douves ont deux visages, et c'est ce qui déroute les éleveurs. Les adultes, accrochés par grappes sur la paroi du rumen et du réseau, sont en général bien supportés : on peut en trouver des centaines chez un animal qui n'a jamais paru malade.
Ce sont les formes jeunes qui font la maladie. Après avoir été avalées, elles s'accrochent en masse à la paroi du début de l'intestin, y creusent la muqueuse et provoquent une diarrhée violente, capable de tuer des animaux en quelques jours.
À retenir
La forme jeune de la paramphistomose peut tuer en quelques jours des agneaux jusque-là bien portants, et les douvicides habituels ne l'arrêtent pas. Une diarrhée brutale sur un lot revenu d'une zone humide justifie un appel au vétérinaire sans attendre.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Dans la forme grave, qui touche surtout les jeunes animaux et les lots récemment mis sur des parcelles humides : diarrhée abondante, liquide, souvent grisâtre ou verdâtre, d'odeur fétide, qui apparaît brutalement sur plusieurs animaux à la fois.
Soif intense, animaux qui restent près de l'abreuvoir.
Déshydratation rapide, yeux enfoncés, peau qui reste plissée quand on la pince.
Abattement marqué, refus de s'alimenter, animaux qui se couchent et ne se relèvent plus.
Gonflement mou sous la mâchoire et parfois sous le ventre, lié à la fuite des protéines par l'intestin abîmé.
Amaigrissement très rapide, en quelques jours seulement.
Des morts peuvent survenir malgré un traitement, quand les lésions de l'intestin sont déjà installées.
Dans la forme chronique, due aux douves adultes du rumen : peu ou pas de signes, tout au plus une baisse d'état et de production chez les animaux les plus chargés.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
Les douves adultes vivent dans le rumen et le réseau, et pondent des œufs qui partent dans les crottes.
Dans une eau stagnante ou peu courante, les œufs éclosent et les larves pénètrent dans de petits escargots d'eau douce, où elles se multiplient.
Les larves quittent l'escargot et s'enkystent sur les végétaux des bords de mares, des fossés et des zones inondées, où elles restent longtemps infestantes.
L'animal les avale en pâturant ou en buvant. Les jeunes douves s'accrochent alors en très grand nombre à la paroi du début de l'intestin, la creusent et la font saigner : c'est cette phase qui provoque la maladie.
Les survivantes remontent ensuite vers le rumen, s'y fixent et deviennent adultes, où elles ne causent généralement plus grand-chose.
Les années pluvieuses, les périodes qui suivent une crue et l'assèchement des mares en fin de saison, qui concentre les animaux sur des berges très contaminées, sont les moments les plus à risque.
Pâturages humides : bords de mares et de retenues, fossés, canaux d'irrigation, bas-fonds, zones inondables du Nord tunisien et parcelles irriguées.
Fin de saison sèche, quand les mares se réduisent et que les animaux viennent brouter la végétation qui pousse sur les berges découvertes : c'est le moment le plus dangereux.
Années pluvieuses et périodes suivant les crues.
Abreuvement direct dans les points d'eau naturels plutôt qu'à l'abreuvoir.
Animaux jeunes, non encore exposés, mis d'un coup sur une parcelle très chargée.
Pâturage partagé ou successif avec des bovins.
Animaux déjà affaiblis par d'autres parasites digestifs.
Transmission
Il n'y a pas de contagion directe entre animaux et aucun risque pour l'homme : tout passe par la végétation et l'eau des zones humides.
Les bovins partagent le même parasite et contaminent les mêmes parcelles : un pâturage mixte peut entretenir la pression même si les moutons sont peu nombreux.
Une parcelle humide contaminée le reste longtemps, les formes enkystées survivant sur les plantes.
L'abreuvement direct dans une mare ou un fossé est un mode de contamination majeur, souvent sous-estimé.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Le vétérinaire s'appuie sur le contexte : diarrhée brutale sur plusieurs animaux, parcelle humide, saison.
L'analyse de crottes est trompeuse dans la forme grave : les jeunes douves ne pondent pas encore, donc la recherche d'œufs peut revenir négative au moment même où les animaux meurent. Un résultat négatif n'écarte jamais le diagnostic.
En revanche, un examen attentif des crottes liquides peut montrer, à l'œil nu ou à la loupe, de très jeunes douves rosées éliminées avec la diarrhée : c'est un élément très parlant, à montrer au vétérinaire.
Chez les porteurs chroniques, la recherche des œufs dans les crottes par une technique de sédimentation permet d'évaluer la pression sur le troupeau.
L'autopsie d'un animal mort est décisive : douves coniques rose vif accrochées par grappes sur la paroi du rumen, et jeunes formes visibles sur la muqueuse du début de l'intestin, rouge et abîmée.
Le vétérinaire écarte les autres causes de diarrhée brutale, notamment infectieuses, qui demandent une conduite différente.
Traitement
Il faut le savoir avant tout : la plupart des produits utilisés couramment contre la grande douve du foie ou contre les vers ronds n'agissent pas sur les douves du rumen. Un troupeau traité au douvicide habituel peut donc mourir de paramphistomose.
Un nombre restreint de molécules sont efficaces, surtout sur les formes jeunes accrochées à l'intestin. Le choix, la forme et le moment relèvent strictement du vétérinaire, d'autant que certains de ces produits ne disposent pas partout d'une autorisation dans cette indication.
La forme grave est une urgence : au-delà de l'antiparasitaire, les animaux ont besoin d'être rentrés, réhydratés, mis au repos avec de l'eau propre et une alimentation de qualité. Un traitement de soutien peut être nécessaire, sur prescription.
Sortir immédiatement le lot de la parcelle humide fait partie du traitement : laisser les animaux se recontaminer chaque jour condamne l'intervention.
Aucune dose ni aucun rythme ne s'improvise, et traiter à l'aveugle tout le troupeau à date fixe est déconseillé.
Les délais d'attente viande et lait varient selon les produits et doivent être demandés avant tout abattage ou toute traite.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Clôturer les mares, les fossés, les berges de retenues et les zones marécageuses, en particulier en fin de saison sèche quand la végétation des berges attire les animaux.
Abreuver au bac plutôt que dans les points d'eau naturels ; réparer les fuites qui créent des flaques permanentes.
Drainer les zones marécageuses lorsque c'est techniquement possible.
Éviter de faire pâturer les jeunes animaux, non immunisés, sur les parcelles humides les plus chargées.
Ne pas faucher de fourrage vert dans les zones inondables pour le distribuer aux animaux.
Tenir compte des bovins présents sur les mêmes parcelles, qui entretiennent le cycle.
En parler au vétérinaire dès le premier cas dans le troupeau : la stratégie se raisonne au niveau du parcellaire, pas au flacon.
Complications possibles
Mort en quelques jours dans la forme aiguë, surtout chez les jeunes animaux, parfois malgré le traitement.
Déshydratation sévère et effondrement de l'état général.
Fuite prolongée des protéines par l'intestin abîmé, avec œdèmes et amaigrissement durable.
Retard de croissance qui ne se rattrape pas chez les agneaux atteints en pleine croissance.
Sensibilité accrue aux autres parasites et aux maladies du troupeau.
Récidive à chaque saison si la parcelle humide n'est pas gérée.
Quand consulter un vétérinaire
Plusieurs animaux d'un même lot présentent brutalement une diarrhée liquide et fétide : appelez le jour même.
Un animal est déshydraté, abattu, refuse de se lever.
Des moutons maigrissent très vite après avoir pâturé des bords de mare ou une zone inondée.
Un gonflement mou apparaît sous la mâchoire ou sous le ventre.
Vous observez de petites formes rosées dans les crottes liquides : gardez un échantillon et montrez-le au vétérinaire.
Des animaux meurent malgré un traitement contre la douve : le produit utilisé n'était peut-être pas actif sur la douve du rumen.
Pronostic
La forme aiguë a un pronostic réservé : quand la diarrhée est installée, la muqueuse intestinale est déjà largement abîmée et certaines pertes sont inévitables même avec un traitement rapide.
Les animaux pris tôt, sortis de la parcelle et soutenus, récupèrent en général bien, mais mettent du temps à refaire leur état.
Les porteurs chroniques de douves adultes du rumen vivent normalement.
À l'échelle du troupeau, tout dépend de la maîtrise des points d'eau : sans clôture ni abreuvement contrôlé, la maladie revient.
Questions fréquentes
J'ai traité contre la douve et mes agneaux meurent quand même : pourquoi ?
Parce que la douve du rumen n'est pas la douve du foie. La plupart des produits utilisés contre la grande douve n'ont aucune action sur elle, en particulier sur les formes jeunes accrochées à l'intestin, qui sont celles qui tuent. Il faut un produit spécifique, choisi par le vétérinaire.
L'analyse de crottes est négative, est-ce que cela m'innocente ?
Non. Dans la forme grave, les jeunes douves ne pondent pas encore : l'analyse peut être négative au moment même où les animaux meurent. Le vétérinaire s'appuie alors sur le contexte, sur l'examen des crottes liquides et, si un animal meurt, sur l'autopsie.
Mes moutons ont pâturé le bord de la mare qui s'assèche, est-ce risqué ?
C'est même la situation la plus dangereuse. En fin de saison sèche, l'herbe repousse sur les berges découvertes et concentre les formes infestantes, tandis que les animaux y viennent volontiers. Clôturer ces berges est la mesure la plus efficace.
Ces douves peuvent-elles me rendre malade ou contaminer ma famille ?
Non. Les douves du rumen des ruminants ne se transmettent pas à l'homme, ni par la viande, ni par le contact avec les animaux. Ce n'est pas le cas de toutes les douves : la grande douve du foie, elle, peut infester l'homme par des plantes aquatiques consommées crues.
Références
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
ANSES — Agence nationale de sécurité sanitaire (France)
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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