Accueil Animalia Santé animale Maladies animales Pneumonie d'inhalation

Partager
Maladie autre Mouton, Chèvre

Pneumonie d'inhalation

La pneumonie d'inhalation survient lorsqu'un liquide ou un aliment, au lieu de partir dans l'œsophage vers l'estomac, descend dans la trachée et arrive dans le poumon. On parle aussi de fausse route ou de fausse déglutition. Ce n'est pas un...

De quoi s'agit-il ?

La pneumonie d'inhalation survient lorsqu'un liquide ou un aliment, au lieu de partir dans l'œsophage vers l'estomac, descend dans la trachée et arrive dans le poumon. On parle aussi de fausse route ou de fausse déglutition.

Ce n'est pas une maladie contagieuse : c'est un accident. Et dans les élevages ovins, cet accident a presque toujours la même origine, celle qu'il faut retenir avant tout le reste : un drenchage mal fait, c'est-à-dire l'administration d'un liquide au pistolet drogueur, ou un biberonnage d'agneau trop rapide.

Le liquide inhalé est doublement agressif. Il brûle chimiquement le tissu du poumon, et il y apporte des bactéries de la bouche qui s'y multiplient. Une infection sévère, souvent purulente et malodorante, s'installe alors dans les zones basses et avant du poumon.

À retenir

Un animal qui tousse ou rejette du liquide par le nez pendant un drenchage doit être signalé au vétérinaire le jour même, sans attendre l'apparition de la fièvre. Un agneau qui respire vite et refuse de téter après un biberon est une urgence vitale.

Signes généralement observés

Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.

Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :

Les tout premiers signes surviennent parfois pendant l'administration elle-même : l'animal tousse violemment, se débat, du liquide ressort par les naseaux. Il faut alors s'arrêter immédiatement, reposer la tête de l'animal et prévenir le vétérinaire, même si l'animal semble se calmer ensuite.

Dans les heures qui suivent : respiration rapide et superficielle, toux qui revient par quintes, animal qui reste debout à l'écart, tête basse et cou tendu.

Refus de manger et de boire, abattement qui s'installe vite.

Fièvre, généralement dans les un à trois jours suivant l'accident.

Écoulement nasal, qui devient épais, parfois teinté et souvent mêlé d'aliment ou de lait chez l'agneau.

Une odeur fétide de l'haleine et du jetage, très caractéristique, apparaît lorsque l'infection prend un tour purulent : c'est un signe de gravité.

Respiration bruyante, sifflante ou ronflante, animal qui souffle bouche entrouverte.

Chez l'agneau au biberon, le tableau est souvent brutal : quelques minutes après la tétée, il tousse, s'agite, puis devient mou, refuse de téter et respire vite. Un agneau qui respire vite et refuse de téter est une urgence, quel que soit le contexte.

Dans les cas les plus graves, l'animal se couche et ne se relève plus, avec une mort possible en quelques heures.

Quand consulter sans attendre

Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.

Publicité
Publicité

Causes et facteurs de risque

Le drenchage mal réalisé est de très loin la première cause. Plusieurs erreurs se cumulent souvent : relever la tête de l'animal trop haut, ce qui aligne la bouche et la trachée et ouvre la route au liquide ; enfoncer la canule trop loin dans la gorge ; pousser le liquide trop vite, sans laisser le temps d'avaler ; continuer alors que l'animal se débat, tousse ou retient le liquide dans la bouche.

Le biberonnage trop rapide de l'agneau : tétine percée trop largement, biberon pressé pour aller plus vite, agneau maintenu sur le dos ou tête levée, lait trop abondant pour sa capacité à déglutir.

L'alimentation forcée d'un agneau faible, froid ou couché. C'est un piège majeur : un agneau en hypothermie n'a plus de réflexe de succion ni de déglutition. Lui verser du lait à la bouche revient à le noyer. Un agneau froid doit d'abord être réchauffé, et son alimentation relève d'une sonde posée par une personne formée, jamais d'un biberon donné en urgence.

Le tubage, le sondage et l'administration de liquide chez un animal couché ou affaibli, réalisés sans vérifier la position de la sonde.

Les huiles données à la bouteille, notamment l'huile de paraffine ou l'huile de cuisine utilisée contre les ballonnements. Elles sont particulièrement dangereuses : elles ne déclenchent pas le réflexe de toux, passent sans que l'animal réagisse, et provoquent une lésion pulmonaire sévère.

Les maladies qui gênent la déglutition : troubles nerveux, atteintes de la gorge, animaux paralysés ou en état de faiblesse extrême. Chez eux, la fausse route peut survenir spontanément, sans intervention humaine.

Les prolapsus, les mises bas difficiles et les animaux longtemps couchés sur le dos exposent également à des régurgitations inhalées.

Drenchage de masse d'un troupeau réalisé vite, à plusieurs, en fin de journée, avec du matériel mal adapté à la taille des animaux.

Pistolet drogueur à canule trop longue ou à embout cassé, matériel prévu pour des adultes utilisé sur des agneaux.

Animaux contentionnés brutalement, tête tirée en arrière, ou coincés dans un couloir où ils se débattent.

Agneaux orphelins ou de portées multiples élevés au biberon, en particulier lors des premiers jours.

Agneaux hypothermiques, faibles, mal nés, ou n'ayant pas pris le colostrum.

Animaux déjà malades, couchés, déshydratés ou présentant des troubles nerveux.

Habitude familiale de donner huile, tisane ou remède liquide à la bouteille en cas de ballonnement ou de diarrhée.

Personnel non formé au geste, remplaçants ou aide occasionnelle pendant les périodes de forte charge comme l'agnelage.

Diagnostic et prise en charge

Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.

1

Dites toujours au vétérinaire ce qui a été administré, quand, comment, et si l'animal a toussé pendant l'administration. Cette information change tout : elle oriente immédiatement vers l'inhalation et évite de perdre du temps sur d'autres pistes. Il n'y a rien à cacher, c'est un accident fréquent, y compris chez des éleveurs expérimentés.

2

Le vétérinaire ausculte le thorax : les zones atteintes se situent typiquement en bas et à l'avant du poumon, du côté qui était le plus déclive au moment de l'accident.

3

Il prend la température et évalue l'effort respiratoire, la coloration des muqueuses et l'état général.

4

Une échographie du thorax ou une radiographie, lorsqu'elles sont accessibles, précisent l'étendue des lésions.

5

Des analyses de sang évaluent la sévérité de l'infection et l'état général.

6

L'odeur fétide de l'haleine, quand elle est présente, oriente fortement le vétérinaire vers une évolution purulente et modifie le pronostic.

7

L'examen d'un animal mort met en évidence les lésions caractéristiques et parfois le contenu inhalé lui-même dans les bronches : il permet aussi de confirmer l'origine du problème et d'ajuster les pratiques du troupeau.

Traitement

C'est une urgence : plus le traitement commence tôt après l'accident, meilleures sont les chances. Ne pas attendre le lendemain pour voir si l'animal se remet.

Le vétérinaire met en place une antibiothérapie, choisie pour agir sur les bactéries de la bouche descendues dans le poumon, et généralement conduite sur une durée longue. Le choix, la voie et la durée relèvent de lui seul.

Un anti-inflammatoire est très souvent associé, sur prescription, pour limiter les dégâts de l'inflammation et remettre l'animal à s'alimenter.

Des soins de soutien sont indispensables : mise au calme, animal maintenu debout ou couché sur le sternum plutôt que sur le flanc, eau propre à disposition, litière sèche, abri sans poussière. Une oxygénothérapie peut être proposée en structure vétérinaire pour les cas sévères.

N'administrez plus aucun liquide par la bouche à cet animal sans avis vétérinaire : le risque de récidive est majeur, en particulier s'il est affaibli ou couché.

Si l'accident vient de se produire, ne relevez pas la tête de l'animal et ne tentez pas de le faire « recracher » en le suspendant ou en le secouant : ces gestes aggravent l'inhalation. Reposez-le au calme, tête libre et légèrement plus basse que le corps, et appelez le vétérinaire.

Les délais d'attente viande et lait des produits utilisés doivent être demandés et respectés.

Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.

Prévention

C'est ici que tout se joue : le geste correct évite la maladie, aucun médicament ne la remplace.

Pour le drenchage : garder la tête de l'animal dans le prolongement du cou, sans jamais la relever au-dessus de l'horizontale. Passer la canule sur le côté de la bouche, dans l'espace derrière les incisives, en visant l'arrière de la langue et sans l'enfoncer dans la gorge. Délivrer lentement, en laissant l'animal avaler. S'arrêter immédiatement s'il tousse, se débat ou garde le liquide en bouche.

Adapter le matériel à la taille des animaux : une canule d'adulte est trop longue pour un agneau. Vérifier l'embout avant chaque séance.

Ne jamais drencher un animal qui se débat violemment ou dont la contention est mauvaise : mieux vaut le reprendre calmement plus tard.

Ne jamais drencher un animal couché, affaibli, déshydraté ou présentant des troubles nerveux sans avis vétérinaire.

Pour le biberon : maintenir l'agneau debout ou en position naturelle, museau légèrement vers le bas comme lorsqu'il tète sa mère, jamais sur le dos ni la tête levée. Utiliser une tétine dont le trou est adapté, laisser l'agneau imposer son rythme, ne jamais presser le biberon pour aller plus vite.

Un agneau froid ne se nourrit pas au biberon. Il se réchauffe d'abord ; l'apport de lait ou d'énergie chez un agneau hypothermique relève d'une technique précise, à apprendre auprès du vétérinaire avant la saison d'agnelage.

Bannir l'huile, la paraffine et les remèdes liquides donnés à la bouteille contre les ballonnements : c'est une cause classique et redoutable d'inhalation. En cas de ballonnement, appelez le vétérinaire.

Former toutes les personnes qui manipulent les animaux, y compris l'aide occasionnelle pendant l'agnelage. Une démonstration du geste par le vétérinaire, une fois, évite des pertes pendant des années.

Complications possibles

Formation d'abcès dans le poumon, souvent définitifs, avec un animal qui tousse et maigrit pendant des mois.

Extension à l'enveloppe du poumon avec pleurésie, douleur intense et pronostic sombre.

Évolution vers une infection purulente et putride du poumon, signalée par l'odeur fétide de l'haleine, très difficile à guérir.

Septicémie et mort en quelques heures à quelques jours chez l'agneau.

Survie avec un poumon durablement abîmé : l'animal reste un mauvais engraisseur et devra souvent être réformé.

Récidives si la pratique à l'origine de l'accident n'est pas corrigée : la même erreur, sur la même exploitation, refait des victimes à chaque campagne.

Quand consulter un vétérinaire

Un animal a toussé, s'est débattu ou a rejeté du liquide par le nez pendant un drenchage ou un biberonnage : appelez le jour même, même s'il paraît normal ensuite.

Un agneau respire vite et refuse de téter : c'est une urgence immédiate.

Un animal respire bouche entrouverte, cou tendu, ou souffle au repos.

Une odeur fétide se dégage de l'haleine ou du nez.

De la fièvre apparaît dans les jours suivant une administration par la bouche.

Du lait ou de l'aliment ressort par les naseaux.

Un animal se couche et ne se relève plus après un drenchage.

Un animal présente des difficultés à avaler ou des troubles nerveux : il faut suspendre toute administration par la bouche et consulter.

Pronostic

Le pronostic dépend surtout de la quantité inhalée, de sa nature et de la rapidité du traitement.

Une petite quantité d'eau ou de produit aqueux, traitée dans les heures qui suivent, évolue souvent favorablement.

Une inhalation abondante, ou l'inhalation de lait, d'aliment ou d'huile, donne un pronostic réservé à sombre malgré un traitement bien conduit.

Chez l'agneau au biberon, l'évolution peut être très rapide et la mortalité élevée.

Les animaux qui survivent gardent fréquemment des séquelles pulmonaires et ne retrouvent pas leurs performances.

À l'échelle de l'exploitation, en revanche, le pronostic est excellent : corriger la technique de drenchage et de biberonnage fait disparaître le problème.

Questions fréquentes

J'ai drenché mon mouton et il a toussé, mais il a l'air bien : dois-je m'inquiéter ?

Oui, appelez le vétérinaire le jour même. Une inhalation ne se manifeste souvent qu'au bout d'un à trois jours, par de la fièvre et une respiration rapide. Traité tout de suite après l'accident, l'animal a de bonnes chances ; traité une fois la pneumonie installée, beaucoup moins.

Comment tenir la tête de l'animal pour drencher sans risque ?

Dans le prolongement du cou, jamais relevée au-dessus de l'horizontale. Tête levée, la bouche et la trachée s'alignent et le liquide part directement au poumon. La canule se passe sur le côté de la bouche, derrière les incisives, sans l'enfoncer dans la gorge, et le liquide se délivre lentement en laissant l'animal avaler. S'il tousse, on arrête immédiatement.

Mon agneau est froid et ne tète plus, puis-je lui donner du lait au biberon pour le remonter ?

Non, c'est très dangereux. Un agneau en hypothermie n'a plus de réflexe de déglutition : le lait descend dans le poumon. Il faut d'abord le réchauffer. L'apport d'énergie chez un agneau froid demande une technique précise, à faire montrer par le vétérinaire avant la saison d'agnelage, jamais à improviser au biberon.

On m'a conseillé de donner de l'huile contre le ballonnement, est-ce sans risque ?

Non. L'huile est l'un des liquides les plus dangereux à donner à la bouteille : elle ne déclenche pas de réflexe de toux, elle passe sans que l'animal réagisse, et elle provoque des lésions pulmonaires très graves. Un ballonnement est une urgence qui se traite avec le vétérinaire, pas avec une bouteille d'huile.

Références

MSD Veterinary Manual

ANSES — Agence nationale de sécurité sanitaire (France)

Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026

EN BREF

AgentAutre
EspèceMouton, Chèvre
VaccinNon
Transmissible à l'humainNon

Besoin d'un vétérinaire ?

Retrouvez un praticien près de chez vous sur TunisieVet, avec ses spécialités, ses horaires et ses coordonnées.

Trouver un vétérinaire

Espèces concernées

Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.

Publicité
Haut Centre d’aide
Inscription
Suivez TunisieVet sur Facebook
Conseils, adoptions et actus vétérinaires
S'abonner