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Maladie bactérienne Mouton, Chèvre

Pneumonie enzootique des agneaux

La pneumonie enzootique des agneaux est la maladie respiratoire la plus banale et la plus coûteuse des élevages ovins. « Enzootique » veut simplement dire qu'elle est installée à demeure dans le troupeau : elle revient chaque année, sur cha...

De quoi s'agit-il ?

La pneumonie enzootique des agneaux est la maladie respiratoire la plus banale et la plus coûteuse des élevages ovins. « Enzootique » veut simplement dire qu'elle est installée à demeure dans le troupeau : elle revient chaque année, sur chaque bande d'agneaux, sans qu'il y ait besoin d'une introduction extérieure.

Elle n'est pas due à un seul microbe. Des mycoplasmes, de petites bactéries qui s'accrochent au tapis de cils de la trachée et des bronches, préparent le terrain ; des virus respiratoires passent souvent avant eux ; puis des bactéries banales, déjà présentes dans le nez de tous les animaux, descendent dans le poumon et y installent l'inflammation.

Rien de tout cela ne suffit à rendre malade un agneau bien logé. Ce qui déclenche la maladie, c'est presque toujours l'environnement : bergerie surchargée, air confiné, poussière de paille et de fourrage, odeur d'ammoniac qui prend à la gorge, écarts brutaux de température entre le jour et la nuit, mélange d'animaux d'âges et d'origines différents.

Signes généralement observés

Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.

Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :

Une toux sèche, courte, qui revient par quintes. Elle passe complètement inaperçue sur des animaux au repos : le bon réflexe est de faire lever et marcher le lot, puis d'écouter. Un lot qui tousse dès qu'on le fait sortir est un lot atteint.

Respiration plus rapide qu'elle ne devrait l'être au repos, flancs qui battent, agneaux qui soufflent après quelques mètres alors que leurs contemporains ne s'essoufflent pas.

Écoulement du nez, d'abord clair et fluide, puis plus épais et jaunâtre lorsque les bactéries prennent le dessus.

Fièvre modérée, souvent passagère, et parfois totalement absente : ne pas trouver de fièvre n'écarte jamais le diagnostic.

Agneaux qui restent en arrière, qui mangent moins vite au cornadis, avec une consommation d'aliment du lot en baisse sans raison apparente.

Croissance qui décroche : des écarts de taille apparaissent entre agneaux du même âge et de la même mère, et se creusent de semaine en semaine.

Laine terne, piquée, animaux qui paraissent « secs » et ne s'arrondissent pas.

Dans les formes les plus marquées, abattement franc, respiration difficile bouche entrouverte, animal qui s'isole dans un coin : ce stade impose un appel au vétérinaire, car une pasteurellose peut se greffer par-dessus et tuer en quelques heures.

Quand consulter sans attendre

Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.

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Causes et facteurs de risque

Plusieurs agents interviennent en cascade, et c'est ce qui rend la maladie difficile à régler avec un seul produit.

Des mycoplasmes, très répandus dans les troupeaux, se fixent sur les cils qui tapissent la trachée et les bronches. Ces cils forment un tapis roulant qui remonte en permanence poussières et microbes vers la gorge ; une fois ce tapis paralysé, le poumon ne se nettoie plus.

Des virus respiratoires circulent en parallèle et abîment eux aussi la muqueuse.

Des bactéries ordinaires, que tous les agneaux portent déjà dans le nez sans être malades, profitent de ce terrain dégradé pour descendre dans le poumon et y créer des foyers d'inflammation.

L'ammoniac joue un rôle central et très sous-estimé. Il se dégage de la litière humide chargée d'urine et brûle chimiquement la muqueuse respiratoire. Une règle simple de terrain : si, en entrant dans la bergerie le matin, l'odeur pique les yeux et le nez à hauteur d'homme, elle agresse en permanence des agneaux qui vivent, eux, à trente centimètres du sol, là où le gaz est le plus concentré.

La poussière du fourrage et de la paille, le brassage d'animaux d'origines différentes, le stress du sevrage, du transport et des allotements complètent le tableau.

Bergerie surchargée : c'est le premier facteur, avant tous les autres.

Ventilation insuffisante, air qui stagne, bâtiment fermé pour « protéger du froid ». Les agneaux souffrent beaucoup moins du froid sec que de l'air humide et confiné.

Litière humide et ammoniac, paillage trop espacé, curage trop rare.

Poussière : fourrage sec et poussiéreux distribué au-dessus de la tête des animaux, paille remuée sans précaution.

Écarts de température importants entre le jour et la nuit, courants d'air froid au niveau des animaux, ce qui est fréquent en hiver dans les bergeries du Nord-Ouest tunisien.

Mélange d'agneaux d'âges différents dans le même local, arrivées échelonnées sans nettoyage entre les bandes.

Sevrage brutal, transports, allotements, changements d'alimentation qui s'additionnent dans la même semaine.

Agneaux ayant mal reçu le colostrum à la naissance, ou dont les mères sont maigres.

Carences en oligo-éléments, notamment en sélénium et en cuivre, fréquentes sur certains sols et qui affaiblissent les défenses.

Engraissement en atelier fermé avec forte densité, période où la maladie s'exprime le plus.

Transmission

La transmission se fait d'animal à animal par l'air, dans les gouttelettes émises en toussant, en éternuant et en respirant, et par les contacts directs de nez à nez.

Les brebis adultes, qui ne montrent rien, hébergent et entretiennent ces microbes : elles les transmettent à leurs agneaux dès les premières semaines. C'est pourquoi il n'existe pratiquement pas de troupeau indemne et pourquoi la maladie réapparaît chaque année sans introduction d'animaux.

Plus les animaux sont serrés et plus l'air est confiné, plus la dose de microbes inhalée est élevée : la densité en bergerie compte autant que la présence des microbes eux-mêmes.

Les achats, les foires, les regroupements et le retour d'animaux invendus accélèrent la circulation d'agents auxquels le troupeau n'est pas habitué.

Diagnostic et prise en charge

Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.

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Le vétérinaire commence par examiner le bâtiment autant que les animaux. La hauteur de l'air, l'odeur, l'humidité de la litière, la densité, la présence de courants d'air lui en disent souvent davantage qu'un prélèvement.

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Il fait lever et déplacer le lot pour déclencher la toux, puis ausculte le thorax au stéthoscope sur plusieurs animaux, malades et sains, afin d'évaluer la proportion du lot réellement touchée.

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Il prend la température de plusieurs agneaux : une fièvre chez plusieurs animaux à la fois oriente vers une complication bactérienne qui demande une réponse rapide.

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Des prélèvements dans le nez ou au fond des voies respiratoires, ainsi que des analyses de sang, permettent d'identifier les agents en cause et de guider le choix du traitement.

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L'examen d'un agneau mort ou l'observation des poumons à l'abattoir est la méthode la plus parlante : les zones atteintes, situées à l'avant et en bas du poumon, sont fermes, rouge sombre ou grisâtres, nettement délimitées du tissu sain. Faire remonter cette information change souvent la conduite de tout un atelier.

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Le vétérinaire écarte enfin les autres causes de toux du mouton : la pasteurellose ovine, brutale et fébrile, l'adénomatose pulmonaire ovine chez les adultes, les parasites pulmonaires, et l'inhalation accidentelle de liquide après un drenchage mal réalisé.

Traitement

Le traitement repose sur des antibiotiques, choisis et prescrits par le vétérinaire en fonction des bactéries en cause. Certaines familles agissent sur les mycoplasmes, d'autres non : c'est précisément pour cela qu'un produit pris au hasard dans l'armoire donne des résultats décevants.

Aucune dose, aucune durée ni aucun rythme ne doit être décidé de sa propre initiative. Un traitement arrêté dès que la toux diminue est la première cause de rechute et de passage à la forme chronique, avec des abcès qui s'installent dans le poumon.

Un anti-inflammatoire est souvent associé, sur prescription, pour faire baisser la fièvre et la douleur et remettre l'agneau à manger et à boire plus vite.

Traiter un animal isolé n'a que peu d'intérêt quand tout un lot tousse : le vétérinaire raisonne à l'échelle du lot et décide s'il faut traiter les seuls animaux atteints ou l'ensemble du groupe.

Le traitement seul ne suffit jamais. Si la densité, la ventilation et la litière ne changent pas, les agneaux rechutent dès l'arrêt des antibiotiques, et l'exploitation entre dans un cycle de traitements répétés coûteux et de moins en moins efficaces.

Les soins de soutien comptent autant : lot allégé, coin sec et propre, eau propre à hauteur, aliment appétent, foin non poussiéreux, arrêt des manipulations et des transports pendant la convalescence.

Les délais d'attente pour la viande et pour le lait, propres à chaque produit, doivent être respectés sans exception. Faites-les préciser par le vétérinaire avant tout abattage, en particulier lorsque les agneaux sont destinés à une vente proche, comme celle de l'Aïd.

Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.

Prévention

La prévention est d'abord une question de bâtiment, pas de médicament.

Réduire la densité. Un lot moins chargé tousse moins, mange mieux et grandit plus vite : c'est la mesure la plus rentable de toutes.

Ventiler sans créer de courant d'air sur les animaux. L'air doit entrer haut et ressortir haut, en balayant le volume au-dessus des agneaux. Un bâtiment ouvert et sec vaut mieux qu'un bâtiment fermé et humide.

Surveiller l'ammoniac : pailler suffisamment, curer régulièrement, corriger les fuites d'abreuvoir qui détrempent la litière. Le test de l'odeur en entrant le matin, avant l'ouverture des portes, est un bon indicateur gratuit.

Limiter la poussière : distribuer le fourrage sans le secouer au-dessus des animaux, écarter les bottes moisies, humidifier légèrement les zones très poussiéreuses.

Conduire les bandes en tout plein tout vide quand c'est possible : vider, curer, nettoyer, laisser sécher, puis remettre une bande homogène. Éviter d'ajouter des agneaux plus jeunes dans un lot déjà en place.

Étaler les facteurs de stress : ne pas sevrer, vacciner, transporter et changer l'alimentation la même semaine.

Soigner le colostrum à la naissance et l'état des brebis en fin de gestation : un agneau bien démarré résiste beaucoup mieux.

Mettre en quarantaine les animaux achetés avant de les mélanger au troupeau.

Faire le point avec le vétérinaire sur les carences en oligo-éléments et sur l'intérêt éventuel d'une vaccination contre les bactéries responsables des formes graves, notamment dans les élevages qui perdent des agneaux chaque année.

Vaccination

Il n'existe pas de vaccin qui protège contre l'ensemble des agents de la pneumonie enzootique, parce que plusieurs microbes différents interviennent en même temps.

En revanche, des vaccins existent contre les bactéries responsables des formes suraiguës et mortelles qui se greffent souvent sur ce terrain, en particulier la pasteurellose. Dans les élevages qui perdent régulièrement des agneaux au moment du sevrage ou de la mise en engraissement, la question mérite d'être posée au vétérinaire, qui jugera de l'intérêt d'un protocole et de son calendrier sur les brebis et sur les agneaux.

Aucun vaccin ne compense un bâtiment surchargé et mal ventilé : il vient en complément de la conduite d'élevage, jamais à sa place.

Complications possibles

Passage à la forme chronique : le poumon reste abîmé, l'agneau tousse pendant des semaines et ne rattrape jamais son retard de croissance.

Installation d'abcès dans le poumon, difficiles à traiter et souvent définitifs.

Extension de l'infection à l'enveloppe du poumon, la plèvre, avec une pleurésie douloureuse et un pronostic nettement plus sombre.

Greffe d'une pasteurellose sur un poumon déjà fragilisé, avec des morts brutales dans le lot.

Adhérences retrouvées à l'abattoir, entraînant la saisie partielle de la carcasse et une dévalorisation.

Sensibilité accrue de tout le lot aux autres maladies, dans un contexte où les animaux sont déjà affaiblis.

Quand consulter un vétérinaire

Plusieurs agneaux du même lot toussent lorsqu'on les fait lever et marcher.

Un agneau respire vite au repos, les flancs battants, ou souffle au moindre effort.

Un agneau respire bouche entrouverte, cou tendu : c'est une urgence, appelez sans attendre.

Un jetage épais ou jaunâtre apparaît chez plusieurs animaux.

La consommation d'aliment du lot baisse sans changement de ration.

Les agneaux ne prennent plus de poids et des écarts de taille se creusent dans une bande homogène.

Un ou plusieurs agneaux meurent brutalement après quelques jours de toux : ne jetez pas l'animal, prévenez le vétérinaire, l'examen du poumon oriente toute la conduite du lot.

La toux revient dès l'arrêt du traitement : c'est le bâtiment qu'il faut réexaminer, pas seulement le produit.

Pronostic

Pris tôt et traité correctement, un agneau récupère bien et reprend sa croissance.

Les formes qui traînent, mal traitées ou trop vite arrêtées, laissent des lésions définitives : l'animal survit mais reste un mauvais engraisseur, plus sensible à toutes les autres maladies.

À l'échelle du lot, le pronostic dépend beaucoup plus du bâtiment que du choix de l'antibiotique. Les élevages qui corrigent la densité, la ventilation et la litière voient le problème reculer durablement ; ceux qui traitent sans rien changer retrouvent la même situation à chaque bande.

Questions fréquentes

Mes agneaux toussent mais mangent bien : faut-il vraiment s'en inquiéter ?

Oui. La toux est le signe visible d'un poumon déjà atteint, et le coût de la maladie se paie surtout en croissance perdue, pas en mortalité. Un lot qui tousse au sevrage sortira plus tard et plus léger. C'est aussi un terrain sur lequel une pasteurellose peut se greffer et tuer en quelques heures.

Faut-il fermer la bergerie pour protéger les agneaux du froid ?

C'est l'erreur la plus fréquente. Les agneaux supportent bien le froid sec s'ils ont une litière propre et pas de courant d'air direct sur eux. Ce qu'ils ne supportent pas, c'est l'air confiné, humide et chargé d'ammoniac d'un bâtiment fermé. Mieux vaut un local aéré et sec qu'un local calfeutré.

Pourquoi la toux revient-elle dès que j'arrête l'antibiotique ?

Deux raisons se cumulent le plus souvent : un traitement arrêté trop tôt, dès l'amélioration visible, et un environnement inchangé qui réinfecte les animaux en continu. Le produit ne peut pas corriger une surcharge de bergerie ou une litière ammoniaquée. Reparlez de la durée du traitement au vétérinaire et regardez le bâtiment en même temps.

Comment savoir si c'est cette pneumonie ou autre chose ?

Seul le vétérinaire peut trancher, car plusieurs maladies donnent de la toux chez le mouton. Une atteinte brutale avec forte fièvre et morts rapides évoque plutôt une pasteurellose ; un adulte qui maigrit avec du liquide qui coule du nez quand on lui baisse la tête évoque l'adénomatose pulmonaire ; une toux qui suit de peu un drenchage fait penser à une inhalation de liquide. La conduite à tenir n'est pas la même dans les trois cas.

EN BREF

AgentBactérie
EspèceMouton, Chèvre
VaccinNon
Transmissible à l'humainNon

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Espèces concernées

Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.

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