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Polioencéphalomalacie
La polioencéphalomalacie est une destruction de la couche superficielle du cerveau, celle qui commande la vision consciente et le comportement. Le nom est intimidant, mais le mécanisme est simple : le cerveau manque de vitamine B1, aussi ap...
De quoi s'agit-il ?
La polioencéphalomalacie est une destruction de la couche superficielle du cerveau, celle qui commande la vision consciente et le comportement. Le nom est intimidant, mais le mécanisme est simple : le cerveau manque de vitamine B1, aussi appelée thiamine, qui lui sert de carburant.
Chez les ruminants, cette vitamine n'est pas apportée par l'aliment : elle est fabriquée par les microbes du rumen. Tout ce qui perturbe brutalement la flore du rumen coupe donc l'approvisionnement du cerveau. Un changement d'alimentation trop rapide, une ration très riche en céréales, un excès de soufre, certaines plantes, suffisent à déclencher la crise.
L'animal devient aveugle en quelques heures, alors même que ses yeux sont parfaitement normaux : c'est le cerveau qui ne traite plus l'image. Il se met à pousser sa tête contre les murs, à errer, à tourner, puis convulse.
À retenir
Un mouton qui devient aveugle du jour au lendemain et pousse contre les murs est une urgence des premières heures. Bien traité tout de suite, il peut retrouver la vue ; traité le surlendemain, souvent plus.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
L'animal cesse de ruminer, refuse de manger et s'isole du lot.
Cécité brutale : il ne voit plus, bute dans les obstacles, ne réagit plus au mouvement de la main devant les yeux. Pourtant, l'œil est normal et la pupille réagit encore à la lumière, ce qui étonne toujours l'éleveur.
Tête poussée contre un mur, une barrière ou un poteau, pendant de longues minutes.
Errance, marche sans but, tours en rond, animal qui se coince dans un angle et n'en sort plus.
Tête rejetée en arrière, encolure raide, museau pointé vers le haut.
Tremblements, contractions des muscles de la face, paupières qui battent.
Démarche titubante, chutes, puis animal couché sur le flanc, membres tendus, qui pédale.
Convulsions dans les formes avancées.
En général pas de fièvre marquée, ce qui aide à la différencier des infections du cerveau.
Souvent plusieurs animaux du même lot atteints à quelques jours d'intervalle, surtout des agneaux et des jeunes en engraissement, ce qui pointe vers l'alimentation.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
Un changement brutal d'alimentation, notamment le passage rapide à une ration riche en céréales ou en concentré, bouleverse la flore du rumen et arrête la fabrication de vitamine B1.
Un excès de soufre dans la ration ou dans l'eau est une cause majeure et souvent méconnue : certains sous-produits industriels, certains tourteaux, certaines eaux de forage en sont riches. Le soufre en excès est transformé en composés toxiques pour le cerveau.
Certaines plantes contiennent des substances qui détruisent la vitamine B1 : la fougère aigle et la prêle sont les exemples classiques. Un pâturage envahi par ces plantes, ou un foin qui en contient, expose les animaux.
Certains produits utilisés contre la coccidiose peuvent, employés de façon inadaptée, interférer avec la vitamine B1.
Toute maladie qui bloque le fonctionnement du rumen, comme une acidose ou une indigestion, peut aboutir au même résultat.
Un manque d'eau prolongé suivi d'une réhydratation brutale peut également provoquer un tableau nerveux voisin, que le vétérinaire doit distinguer.
Agneaux et jeunes en engraissement recevant beaucoup de concentré, en particulier lors de la mise en lot ou du passage à une nouvelle ration.
Transitions alimentaires trop rapides, changement de fournisseur d'aliment, nouvelle récolte, passage brutal du pâturage à la bergerie ou l'inverse.
Eau de forage riche en soufre, aliments et sous-produits riches en soufre.
Pâturages envahis de fougère aigle ou de prêle, foins récoltés dans ces zones.
Acidose du rumen, troubles digestifs récents, animaux qui ont eu accès accidentellement à un stock de céréales.
Animaux à croissance rapide, lots serrés en engraissement.
Usage inadapté de certains produits anticoccidiens.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Le vétérinaire s'appuie sur un tableau très parlant : cécité brutale avec un œil normal, tête poussée contre le mur, absence de fièvre marquée, plusieurs animaux d'un même lot concernés.
Il examine les yeux pour confirmer qu'ils sont sains et que la cécité vient bien du cerveau.
Il écarte les autres causes de signes nerveux chez le mouton, qui se ressemblent beaucoup et n'ont pas la même conduite à tenir : la listériose, qui donne une paralysie d'un côté de la face, la cénurose, qui évolue lentement, l'entérotoxémie, l'intoxication par le plomb ou par le sel, l'hypocalcémie, la toxémie de gestation et les abcès du cerveau.
Il analyse la ration réellement distribuée, l'eau de boisson et le pâturage : c'est là que se trouve la cause.
L'examen du cerveau d'un animal mort confirme le diagnostic et oriente la prévention pour le reste du lot. Ne jetez pas un animal mort de signes nerveux sans en parler au vétérinaire.
La réponse au traitement fait elle-même partie du diagnostic : une amélioration rapide après l'administration de vitamine B1 est très évocatrice.
Traitement
C'est une urgence : chaque heure de retard réduit les chances de récupération et augmente le risque de séquelles définitives.
Le traitement repose sur l'administration de vitamine B1 par le vétérinaire, par une voie qui permet une action immédiate. La forme, la voie et la répétition relèvent de sa prescription. Un simple complément vitaminé donné dans l'aliment n'a pas d'effet dans une crise déclarée.
La réponse est souvent spectaculaire lorsqu'on intervient tôt : l'animal se relève et retrouve la vue en quelques heures à un ou deux jours.
Des traitements de soutien sont associés selon les cas : anti-inflammatoire pour limiter le gonflement du cerveau, réhydratation, calme, litière épaisse, animal placé dans un endroit sans obstacle pour qu'il ne se blesse pas.
Un animal aveugle doit être nourri et abreuvé à portée immédiate : il ne trouvera ni l'auge ni l'abreuvoir.
En parallèle, la ration de tout le lot doit être revue immédiatement, car les autres animaux sont exposés aux mêmes conditions et d'autres cas suivent souvent.
N'attendez pas de voir : un mouton aveugle qui pousse contre un mur doit être vu le jour même.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Faire toutes les transitions alimentaires progressivement, sur plusieurs jours, en particulier lors du passage à une ration riche en concentré.
Respecter une part suffisante de fibres longues dans la ration des animaux en engraissement : le rumen a besoin de fourrage pour fonctionner.
Faire analyser l'eau de boisson lorsqu'elle provient d'un forage, en particulier pour sa teneur en soufre, et faire vérifier les aliments industriels et sous-produits utilisés.
Surveiller les pâturages envahis de fougère aigle ou de prêle et éviter d'y mettre les jeunes animaux ; contrôler la présence de ces plantes dans les foins achetés.
Empêcher tout accès accidentel à un stock de céréales : une porte de silo restée ouverte peut coucher un lot entier.
Distribuer les concentrés en plusieurs repas plutôt qu'en une seule fois, et veiller à ce que tous les animaux mangent en même temps.
Demander conseil au vétérinaire avant tout usage de produits anticoccidiens.
Réagir dès le premier cas : revoir la ration du lot sans attendre le suivant.
Complications possibles
Cécité définitive lorsque le traitement est trop tardif.
Séquelles nerveuses permanentes : démarche anormale, animal qui reste hébété et ne s'alimente plus seul.
Mort en un à trois jours dans les formes non traitées.
Blessures, fractures et noyades chez des animaux aveugles qui errent.
Nouveaux cas dans le même lot si la ration n'est pas corrigée immédiatement.
Amaigrissement et déclassement des animaux survivants.
Quand consulter un vétérinaire
Un mouton devient brusquement aveugle et se cogne partout : appelez le jour même, c'est une urgence.
Il pousse sa tête contre un mur ou une barrière et y reste.
Il tourne en rond, titube ou garde la tête rejetée en arrière.
Il cesse de ruminer et refuse de manger sans autre explication.
Il convulse ou reste couché en pédalant.
Plusieurs animaux du même lot présentent des signes nerveux : revoyez la ration avec le vétérinaire immédiatement.
Ces signes suivent un changement d'aliment, une mise en lot ou l'accès accidentel à des céréales : dites-le au vétérinaire, c'est une information capitale.
Pronostic
Excellent lorsque le traitement est administré dans les premières heures : beaucoup d'animaux récupèrent complètement, vision comprise.
Réservé au bout d'un jour ou deux : la vue peut ne pas revenir et des séquelles nerveuses peuvent persister.
Mauvais chez un animal déjà couché et convulsant depuis longtemps.
Au niveau du lot, le pronostic dépend entièrement de la correction de la ration : sans elle, les cas se succèdent.
Questions fréquentes
Mon mouton est devenu aveugle en une nuit, ses yeux ont-ils un problème ?
Souvent non : dans cette maladie, l'œil est parfaitement normal et c'est le cerveau qui ne traite plus l'image. C'est justement ce contraste, un animal aveugle avec des yeux sains, qui doit faire appeler le vétérinaire en urgence, car un traitement précoce peut lui rendre la vue.
Peut-on donner un complément de vitamines dans l'aliment pour traiter la crise ?
Non. Dans une crise déclarée, il faut une administration par le vétérinaire, par une voie qui agit immédiatement. Un complément dans l'auge n'atteindra pas le cerveau à temps, et l'animal aveugle ne mangera de toute façon pas.
Pourquoi plusieurs de mes agneaux sont-ils touchés en même temps ?
Parce que la cause est presque toujours alimentaire et concerne donc tout le lot : transition trop rapide vers le concentré, excès de soufre dans l'eau ou l'aliment, plante toxique au pâturage. Traiter le malade ne suffit pas, il faut revoir la ration du groupe sans attendre le cas suivant.
Est-ce la même chose que la listériose ou le tournis ?
Non, ce sont des maladies différentes qui donnent des signes nerveux proches. La listériose touche souvent un seul côté de la face, le tournis évolue lentement sur des semaines, celle-ci frappe brutalement avec une cécité. Comme les traitements sont très différents et que certains doivent être commencés dans l'heure, seul le vétérinaire peut faire la différence.
Références
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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