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Rétention placentaire de la brebis

Après l'agnelage, la brebis doit expulser le placenta, ce que les éleveurs appellent la délivrance ou l'arrière-faix. Cela se produit normalement dans les heures qui suivent la naissance du dernier agneau. On parle de rétention placentaire...

De quoi s'agit-il ?

Après l'agnelage, la brebis doit expulser le placenta, ce que les éleveurs appellent la délivrance ou l'arrière-faix. Cela se produit normalement dans les heures qui suivent la naissance du dernier agneau.

On parle de rétention placentaire lorsque les enveloppes sont toujours en place au-delà d'une demi-journée à une journée. Le placenta reste accroché à la paroi de l'utérus, pend à la vulve et se décompose lentement à l'intérieur.

Chez la brebis, cet accident est moins fréquent que chez la vache, et c'est précisément ce qui doit alerter : quand il survient, il signale souvent autre chose. Une non-délivrance chez une brebis accompagne fréquemment un agnelage difficile, un agneau mort, une carence en oligo-éléments, ou une maladie abortive.

Signes généralement observés

Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.

Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :

Membranes visibles pendant à la vulve au-delà d'une demi-journée après l'agnelage.

Le placenta peut aussi rester entièrement à l'intérieur : la brebis paraît avoir délivré alors qu'il n'en est rien. C'est la situation la plus trompeuse.

Écoulement brunâtre qui devient de plus en plus malodorant à mesure que les tissus se décomposent.

Brebis souvent normale les premiers jours : appétit conservé, agneaux qui tètent.

Puis, si l'infection s'installe : fièvre, abattement, refus de manger, chute de la production laitière.

Brebis qui pousse, garde le dos rond ou remue la queue de façon répétée.

Agneaux qui bêlent et faiblissent parce que la mamelle ne se remplit pas.

Dans les cas négligés, brebis couchée, déshydratée, en état de choc.

Quand consulter sans attendre

Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.

Causes et facteurs de risque

Les points d'attache entre le placenta et la paroi de l'utérus ne se détachent pas comme ils le devraient au moment de la mise bas.

Toute mise bas anormale y prédispose : agnelage difficile, portée nombreuse, agneau mort, agnelage avant terme, avortement, césarienne.

Les contractions de l'utérus peuvent être insuffisantes, notamment chez une brebis épuisée, très maigre, en manque de calcium ou atteinte de toxémie de gestation.

Les carences en sélénium, en vitamine E, en iode et en autres oligo-éléments sont des causes reconnues et fréquentes dans les zones où les sols en sont pauvres. Elles se corrigent, mais seulement si on les cherche.

Les maladies infectieuses responsables d'avortement s'accompagnent très souvent d'une non-délivrance : c'est même parfois le premier signe visible d'un problème sanitaire dans le troupeau.

Un stress important en fin de gestation, un transport ou une forte chaleur peuvent également jouer un rôle.

Agnelage difficile ou assisté, portées de trois agneaux ou plus, agneau mort-né, agnelage prématuré.

Avortement, quelle qu'en soit la cause.

Brebis trop maigres ou au contraire trop grasses en fin de gestation.

Toxémie de gestation et manque de calcium autour de la mise bas.

Carences en sélénium, en vitamine E et en iode, fréquentes sur certains sols et rarement recherchées.

Ration de fin de gestation mal équilibrée, absence de complémentation minérale.

Stress thermique de fin de gestation, situation courante lors des étés chauds du Maghreb.

Antécédent de rétention à l'agnelage précédent.

Troupeau touché par une maladie abortive en circulation.

Diagnostic et prise en charge

Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.

1

Le vétérinaire commence par évaluer l'état général de la brebis : température, appétit, hydratation, lait. C'est cet examen, et non la simple présence des membranes, qui décide de la conduite à tenir.

2

Il vérifie qu'il ne reste pas un agneau dans l'utérus : c'est la première chose à écarter, et cette situation est une urgence.

3

Il recherche une déchirure des voies génitales et apprécie le contenu de l'utérus.

4

Il vérifie que les agneaux ont réellement tété, car ils sont souvent les premières victimes.

5

Lorsque la rétention accompagne un avortement, ou lorsque plusieurs brebis sont concernées dans la même campagne, il fait analyser l'avorton et le placenta et réalise des prises de sang pour rechercher une cause infectieuse. Gardez ces prélèvements au frais, dans un sac fermé, manipulés avec des gants.

6

Il s'intéresse enfin à la ration de fin de gestation et à la complémentation minérale : une non-délivrance répétée dans un troupeau est souvent une histoire de carences.

Traitement

La conduite dépend entièrement de l'état de la brebis, et elle se décide avec le vétérinaire.

Ne tirez jamais sur les membranes qui pendent. L'arrachage déchire la paroi de l'utérus, provoque des saignements, laisse des morceaux à l'intérieur et fait entrer les microbes plus profondément. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus dommageable en bergerie.

Ne coupez pas non plus la partie qui pend sans avis vétérinaire.

Le retrait manuel du placenta n'est pas recommandé de façon systématique chez la brebis : il abîme l'utérus et retarde la guérison. Le vétérinaire ne le pratique que dans des situations précises.

Quand la brebis est en pleine forme, sans fièvre, une surveillance étroite est souvent la meilleure option : les enveloppes finissent par se détacher seules.

Quand la brebis a de la fièvre, ne mange plus ou perd son lait, la situation devient une métrite : antibiotique et soutien général sont mis en place par le vétérinaire.

Occupez-vous des agneaux en parallèle : colostrum, chaleur, et allaitement artificiel ou adoption si la mamelle ne se remplit pas.

Tout médicament administré impose un délai d'attente pour la viande et le lait : demandez-le et respectez-le.

Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.

Prévention

Soignez la ration du dernier tiers de gestation : ni brebis maigres, ni brebis trop grasses, apports énergétiques et protéiques suffisants au moment où les besoins explosent.

Assurez une complémentation minérale adaptée, en particulier en sélénium, vitamine E et iode lorsque les sols de la région en sont pauvres. Faites définir cette complémentation par le vétérinaire plutôt que d'acheter au hasard : les excès ne sont pas anodins.

Prévenez la toxémie de gestation et le manque de calcium par une conduite alimentaire adaptée et une transition progressive avant l'agnelage.

Organisez des agnelages propres : cases individuelles curées et repaillées, surveillance, intervention mesurée et hygiénique quand elle est nécessaire.

Limitez le stress thermique et les transports en fin de gestation : ombre, ventilation, eau fraîche à volonté.

Notez chaque non-délivrance. Si elle devient fréquente, ce n'est plus un accident individuel mais un problème de troupeau : carences ou maladie abortive.

Isolez systématiquement une brebis ayant avorté et ramassez avorton et placenta avec des gants.

Complications possibles

Métrite, puis infection généralisée et mort de la brebis dans les cas négligés.

Brebis qui ne monte pas en lait, avec mortalité des agneaux ou agneaux durablement retardés.

Inflammation chronique de l'utérus et infertilité à la campagne suivante.

Amaigrissement et mauvaise reprise d'état.

Lésions de l'utérus provoquées par l'arrachage du placenta, parfois irréversibles.

Retard dans le diagnostic d'une maladie abortive présente dans le troupeau, alors que la non-délivrance en était le signal.

Quand consulter un vétérinaire

Les membranes sont toujours en place au-delà d'une demi-journée à une journée après l'agnelage.

L'écoulement devient nauséabond.

La brebis a de la fièvre, ne mange plus ou perd son lait.

Elle ne monte pas en lait et ses agneaux faiblissent.

Vous n'êtes pas sûr qu'elle ait délivré, ou qu'un deuxième agneau soit sorti : faites-la contrôler plutôt que d'attendre.

La rétention fait suite à un avortement ou à un agneau mort-né.

Plusieurs brebis présentent une non-délivrance dans la même campagne : il faut chercher une cause commune.

N'essayez jamais d'arracher le placenta vous-même, même s'il semble ne tenir qu'à peu de chose.

Pronostic

Une brebis qui reste en bon état général et dont le placenta se détache seul récupère sans séquelle.

Lorsque l'infection s'installe, le pronostic dépend de la rapidité du traitement : traitée tôt, la brebis guérit le plus souvent ; négligée, elle peut mourir ou rester infertile.

La fertilité de la campagne suivante est le vrai enjeu : une brebis ayant fait une métrite après une non-délivrance a plus de risque de rester vide.

À l'échelle du troupeau, le pronostic est bon lorsque la cause est identifiée : une carence se corrige, une maladie abortive se gère, et la fréquence des rétentions retombe.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il attendre avant de s'inquiéter ?

Chez la brebis, le placenta est normalement expulsé dans les heures qui suivent la mise bas. Au-delà d'une demi-journée à une journée, il faut en parler au vétérinaire, surtout si la brebis n'est pas en pleine forme. Attendre plusieurs jours revient à laisser une infection s'installer.

Puis-je tirer doucement sur ce qui pend ?

Non, jamais, même doucement. Vous déchireriez la paroi de l'utérus, laisseriez des morceaux à l'intérieur et feriez entrer les microbes plus profondément. C'est l'erreur la plus courante et elle transforme un incident bénin en infection grave.

Une seule brebis n'a pas délivré, est-ce grave pour le troupeau ?

Un cas isolé après un agnelage difficile est souvent un accident sans suite. En revanche, plusieurs non-délivrances dans la même campagne, surtout si des avortements les accompagnent, doivent faire rechercher une cause commune : carence en oligo-éléments ou maladie abortive en circulation. C'est un signal à ne pas laisser passer.

Faut-il donner du sélénium à mes brebis ?

Peut-être, mais pas au hasard. Les carences en sélénium, vitamine E et iode favorisent réellement les non-délivrances dans certaines régions, mais un excès de sélénium est toxique. La complémentation se définit avec le vétérinaire, en fonction des sols et de la ration.

Références

MSD Veterinary Manual

FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture

Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026

EN BREF

AgentAutre
EspèceMouton, Chèvre
VaccinNon
Transmissible à l'humainNon

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Espèces concernées

Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.

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