Accueil › Animalia › Santé animale › Maladies animales › Toxémie de gestation des brebis
Toxémie de gestation des brebis
Dans le dernier mois de gestation, les agneaux grossissent très vite et prennent presque toute l'énergie disponible. En même temps, ils occupent une place croissante dans l'abdomen et laissent de moins en moins de volume au rumen : la brebi...
De quoi s'agit-il ?
Dans le dernier mois de gestation, les agneaux grossissent très vite et prennent presque toute l'énergie disponible. En même temps, ils occupent une place croissante dans l'abdomen et laissent de moins en moins de volume au rumen : la brebis ne peut plus manger autant qu'elle en aurait besoin.
Quand l'apport d'énergie ne suit pas, l'organisme puise dans ses réserves de graisse. Cette combustion produit des corps cétoniques qui s'accumulent dans le sang et empoisonnent progressivement l'animal.
C'est la maladie type de la brebis qui porte deux, trois agneaux ou davantage. Elle n'est pas contagieuse : c'est une maladie de conduite d'élevage, donc évitable. Une brebis atteinte signale presque toujours un problème d'alimentation qui concerne tout le lot.
À retenir
Urgence vitale. Une brebis en fin de gestation qui cesse de manger, paraît aveugle ou reste couchée doit être vue sans délai : quelques heures changent le pronostic, pour elle comme pour ses agneaux.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Les premiers signes sont discrets et faciles à manquer dans un troupeau : la brebis s'isole, reste en arrière quand le lot se déplace, ne vient plus à l'auge.
Elle refuse d'abord les concentrés, puis le fourrage.
Elle paraît absente : tête basse, oreilles tombantes, regard fixe. Elle réagit mal quand on l'approche et semble ne plus voir ; elle se cogne aux obstacles ou reste immobile devant une porte ouverte.
Des tremblements, des mouvements de mâchoire, un grincement de dents, parfois la tête appuyée contre un mur ou levée en arrière.
La démarche devient hésitante, titubante. La brebis finit par se coucher et ne se relève plus, malgré une conscience encore présente.
Au stade avancé : convulsions, coma, mort en quelques jours si rien n'est fait.
Une odeur sucrée particulière de l'haleine est parfois perçue par l'éleveur.
Beaucoup de brebis avortent ou mettent bas des agneaux faibles et non viables.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
La cause est un manque d'énergie dans la ration au moment où le besoin explose, c'est-à-dire sur le dernier tiers de la gestation.
Plus la brebis porte d'agneaux, plus l'écart entre ce qu'elle reçoit et ce qu'elle consomme est grand.
Un jeûne brutal déclenche très souvent la maladie chez une brebis déjà juste : transport, changement de lot, tri, tonte, mauvais temps qui empêche de sortir, panne d'approvisionnement, aliment refusé parce qu'il a changé.
Un fourrage de mauvaise qualité, encombrant et peu énergétique, entretient le problème même si la quantité distribuée paraît suffisante.
Les brebis trop maigres n'ont pas de réserves ; les brebis trop grasses mangent moins et mobilisent leur graisse de façon désordonnée. Les deux extrêmes sont à risque.
Gestation de deux agneaux ou plus, particulièrement chez les brebis prolifiques.
État corporel trop maigre ou au contraire trop gras en fin de gestation.
Toute privation d'aliment, même courte, dans le dernier mois : transport, manipulation, changement de bergerie, intempéries.
Changement brusque de ration ou d'aliment.
Place insuffisante à l'auge : les brebis dominées mangent peu et sont les premières atteintes.
Brebis âgées, brebis boiteuses qui se déplacent mal jusqu'à l'auge, brebis aux dents usées.
Parasitisme important, qui détourne l'énergie et coupe l'appétit.
Eau de boisson insuffisante ou trop froide : une brebis qui boit peu mange peu.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Il faut appeler le vétérinaire dès les premiers signes : plus l'intervention est tardive, plus les chances sont faibles.
Le vétérinaire examine la brebis, apprécie son état corporel, l'état de la gestation et le nombre probable d'agneaux, et recherche une déshydratation.
Des analyses simples du sang, du lait ou des urines permettent de mettre en évidence l'excès de corps cétoniques et de confirmer le diagnostic.
Il écarte les maladies qui donnent un tableau voisin : hypocalcémie, listériose, maladies nerveuses, intoxications.
Surtout, il examine le reste du lot et la ration distribuée. Une brebis malade est un signal d'alerte pour tout le troupeau : d'autres sont souvent déjà atteintes sans que cela se voie encore.
Traitement
Le traitement est une urgence et relève entièrement du vétérinaire.
Le principe est d'apporter rapidement l'énergie qui manque, par voie orale ou par perfusion selon l'état de la brebis, de corriger la déshydratation et les déséquilibres qui l'accompagnent.
Les produits, les voies d'administration et les quantités sont déterminés par le vétérinaire pour chaque animal. Les recettes recopiées d'une brebis à l'autre ou d'un élevage à l'autre font perdre du temps et peuvent aggraver la situation.
Lorsque la brebis ne répond pas et que les agneaux sont proches du terme, le vétérinaire peut décider de provoquer la mise bas ou de pratiquer une césarienne : tant que les agneaux sont en place, ils continuent de vider la brebis de son énergie.
Les soins de confort comptent autant : mettre la brebis dans un box séparé, sur litière propre, à l'abri, avec de l'eau tiède et un fourrage de très bonne qualité à portée de tête, la relever plusieurs fois par jour si elle est couchée.
Pendant ce temps, la ration de tout le lot doit être revue avec le vétérinaire, sans attendre d'autres cas.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
C'est la partie la plus importante, car cette maladie se prévient bien mieux qu'elle ne se soigne.
Augmenter progressivement l'apport d'énergie sur le dernier tiers de la gestation, au moment précis où le besoin s'envole et où la capacité d'ingestion diminue. La ration de fin de gestation ne peut pas être celle du milieu de gestation.
Fractionner les repas de concentré plutôt que de tout distribuer en une fois, pour ménager le rumen et permettre à chaque brebis de manger.
Ne jamais laisser une brebis gestante à jeun, même quelques heures : prévoir du fourrage avant et après un transport, un tri, une tonte ou un changement de bâtiment, et éviter autant que possible ces opérations en fin de gestation.
Toute modification de ration doit être introduite en douceur, sur plusieurs jours.
Séparer les lots selon le nombre d'agneaux portés lorsqu'une échographie a été réalisée : les brebis à deux ou trois agneaux ont des besoins que les autres n'ont pas.
Surveiller l'état corporel par palpation régulière du dos, pour repérer les brebis trop maigres comme les trop grasses avant la fin de la gestation.
Prévoir assez de place à l'auge pour que toutes mangent en même temps, et laisser de l'eau propre en permanence.
Maîtriser le parasitisme et contrôler les dents et les pieds : une brebis qui ne peut pas se déplacer ou mastiquer ne s'alimente pas.
Complications possibles
Mort des agneaux dans l'utérus, avortement, mise bas d'agneaux chétifs qui ne tètent pas.
Rétention placentaire et infection de l'utérus après la mise bas.
Production de colostrum et de lait très diminuée : les agneaux survivants démarrent mal.
Hypocalcémie associée, fréquente chez la même brebis et qui aggrave le tableau.
Atteinte du foie, épuisé par la mobilisation massive des graisses.
Mort de la brebis dans les formes avancées, malgré le traitement.
Quand consulter un vétérinaire
Une brebis en fin de gestation s'isole du lot et ne vient plus manger.
Elle refuse le concentré ou le fourrage alors que les autres mangent normalement.
Elle paraît hébétée, semble ne plus voir, se cogne ou reste figée.
Elle tremble, grince des dents ou titube.
Elle est couchée et ne se relève pas : appelez immédiatement, sans attendre le lendemain.
Plusieurs brebis du même lot paraissent molles ou mangent moins : faites revoir la ration sans attendre un cas grave.
Pronostic
Le pronostic dépend presque entièrement de la précocité de l'intervention.
Une brebis prise au tout début, encore debout et encore capable de manger, guérit souvent.
Une brebis couchée, qui ne se relève plus, a un pronostic sombre même bien soignée.
Les agneaux sont fréquemment perdus, y compris quand la mère s'en sort.
À l'échelle du troupeau, le vrai résultat se joue sur la conduite alimentaire : corriger la ration protège les brebis qui ne sont pas encore malades.
Questions fréquentes
Pourquoi ce sont toujours mes meilleures brebis qui sont touchées ?
Parce que ce sont celles qui portent le plus d'agneaux. Plus la portée est nombreuse, plus le besoin d'énergie en fin de gestation est élevé, et plus l'écart avec ce que la brebis arrive à manger est grand. La prolificité n'est pas un défaut : elle impose simplement une alimentation adaptée sur le dernier tiers de la gestation.
Puis-je donner du sucre ou de la mélasse moi-même en attendant le vétérinaire ?
Ne prenez aucune initiative de traitement. Une brebis hébétée ou couchée avale mal et risque de faire passer le liquide dans ses poumons. Appelez le vétérinaire, mettez la brebis au calme, à l'abri, avec de l'eau et un bon fourrage à portée de tête, et suivez ses consignes.
Ma brebis est grasse : elle ne peut pas manquer d'énergie, si ?
Si. Une brebis trop grasse mange moins, son rumen est comprimé par la graisse abdominale et par les agneaux, et elle mobilise ses réserves de façon désordonnée. L'excès d'état corporel est un facteur de risque au même titre que la maigreur.
J'ai transporté mes brebis gestantes une demi-journée, faut-il s'inquiéter ?
C'est exactement le type de situation qui déclenche la maladie. Un jeûne même court en fin de gestation suffit. Prévoyez du fourrage avant et après le transport, surveillez l'appétit des jours suivants et signalez au vétérinaire toute brebis qui reste en retrait.
Références
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
AVMA — American Veterinary Medical Association
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 09 août 2026
EN BREF
Besoin d'un vétérinaire ?
Retrouvez un praticien près de chez vous sur TunisieVet, avec ses spécialités, ses horaires et ses coordonnées.
Trouver un vétérinaireCes informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.
À découvrir
Maladies proches et contenus Animalia liés.
Toxoplasmose
Parasitaire
Coccidiose
Parasitaire
Fièvre aphteuse
Virale · Vaccin disponible
Brucellose
Bactérienne · Vaccin disponible