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Tremblante du mouton
La tremblante est une maladie du système nerveux du mouton et de la chèvre, qui détruit lentement le cerveau. Elle appartient à la famille des encéphalopathies spongiformes : le tissu nerveux se creuse de minuscules cavités et prend, au mic...
De quoi s'agit-il ?
La tremblante est une maladie du système nerveux du mouton et de la chèvre, qui détruit lentement le cerveau. Elle appartient à la famille des encéphalopathies spongiformes : le tissu nerveux se creuse de minuscules cavités et prend, au microscope, l'aspect d'une éponge.
L'agent responsable n'est ni un microbe ni un parasite. C'est une protéine anormale, appelée prion, qui a la particularité de déformer les protéines normales qu'elle rencontre, de proche en proche, jusqu'à ruiner le cerveau. Cette protéine résiste à la chaleur, aux désinfectants ordinaires et au temps : elle survit des années dans un bâtiment ou dans un sol.
La maladie évolue sur des années avant de se voir. L'animal est contaminé jeune, le plus souvent autour de sa naissance, et ne montre rien pendant très longtemps. Les signes apparaissent en général chez des adultes de plusieurs années, et l'évolution est alors inexorable.
À retenir
Maladie mortelle, sans traitement et à déclaration obligatoire. Un mouton qui se gratte sans répondre aux antiparasitaires n'est pas forcément galeux : parlez-en au vétérinaire, ne le vendez pas et ne le faites pas disparaître.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Les premiers signes sont des changements de comportement, souvent perçus par l'éleveur bien avant de pouvoir être nommés : animal qui s'isole, qui devient anxieux ou au contraire agressif, qui réagit exagérément au bruit, aux chiens ou aux manipulations, qui ne se laisse plus approcher comme avant.
Puis vient le grattage, qui donne son nom à la maladie dans plusieurs langues. L'animal se frotte contre les barrières, les murs, les mangeoires, les poteaux, se mordille les flancs et l'arrière-train, s'arrache la laine par plaques, surtout sur le dos, les flancs et la croupe. La peau reste souvent intacte en dessous, ce qui est un indice.
Un signe très évocateur : lorsqu'on gratte l'animal sur le dos ou la croupe, il tend le cou, relève la tête et fait des mouvements de lèvres et de mâchoire, presque en tremblant de plaisir. Ce réflexe n'existe pas chez un mouton normal.
Tremblements de la tête et de l'encolure, surtout après un effort ou une émotion.
Démarche anormale : animal qui lève haut les antérieurs, qui trébuche, qui titube de l'arrière, qui ne franchit plus un obstacle correctement, qui tombe et se relève avec peine.
Amaigrissement progressif alors que l'animal continue de manger, jusqu'à un état de maigreur extrême.
Grincement de dents, regard fixe, animal qui se met à l'écart du troupeau.
Dans les dernières semaines : chutes répétées, animal couché qui ne se relève plus, puis mort.
L'évolution est toujours descendante, sans jamais d'amélioration, sur plusieurs semaines à plusieurs mois.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
La maladie est due à une protéine anormale, le prion, qui s'accumule dans le système nerveux et dans certains organes.
Cette protéine résiste à des conditions qui détruisent tous les microbes ordinaires : elle n'est pas éliminée par les désinfectants usuels, ni par la chaleur habituelle, et persiste très longtemps dans l'environnement d'une bergerie ou d'un pâturage contaminé.
La sensibilité à la maladie dépend fortement de la génétique de l'animal. Certains profils génétiques sont pratiquement résistants, d'autres très sensibles. C'est cette découverte qui a permis, dans plusieurs pays, de bâtir des programmes de sélection sur la résistance à la tremblante.
La contamination se fait surtout autour de la naissance, au contact du placenta et des liquides de l'agnelage d'une brebis porteuse, dans un local d'agnelage où le prion s'est accumulé.
L'animal contaminé jeune n'exprimera la maladie que des années plus tard, ce qui rend la chaîne difficile à voir pour l'éleveur.
Achat d'animaux, en particulier de brebis et de béliers reproducteurs, dans des troupeaux au statut inconnu.
Profil génétique sensible chez les animaux du troupeau.
Agnelages groupés dans un local unique, réutilisé d'année en année sans possibilité de désinfection efficace.
Antécédents de cas dans l'exploitation ou dans le voisinage.
Mélange de troupeaux, pâturages communs, prêts de béliers.
Absence de traçabilité et d'identification des animaux, qui empêche de remonter les filiations lorsqu'un cas apparaît.
Transmission
La contamination se fait principalement de la brebis à l'agneau, au moment de l'agnelage : le placenta et les liquides de mise bas d'une brebis porteuse sont les sources les plus chargées.
Le milieu joue un rôle majeur. Un local d'agnelage, une litière, un pâturage où des brebis porteuses ont mis bas restent contaminants pendant des années, même après le départ des animaux. Un troupeau assaini peut donc se recontaminer en réutilisant les mêmes bâtiments.
L'introduction d'animaux porteurs, achetés dans un troupeau atteint, est la voie classique d'entrée dans une exploitation indemne. Comme les porteurs ne montrent rien pendant des années, l'aspect de l'animal ne renseigne en rien.
Il n'y a pas de transmission par piqûre d'insecte, ni par simple voisinage à distance.
Selon les connaissances actuelles, la tremblante classique du mouton n'est pas considérée comme transmissible à l'homme. Cela ne dispense pas de respecter les règles d'hygiène habituelles et les consignes des services vétérinaires, qui encadrent strictement cette maladie.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Aucun examen sur animal vivant ne permet à lui seul de poser le diagnostic de façon certaine en élevage courant.
Le vétérinaire s'appuie d'abord sur le tableau clinique : un adulte qui maigrit, se gratte sans lésion de peau expliquant le grattage, titube et change de caractère, avec une évolution qui ne fait qu'empirer.
Il écarte méthodiquement les autres causes, ce qui est indispensable car plusieurs d'entre elles se soignent : la gale et les autres parasites externes, la mélophagose, les carences, l'intoxication, la maladie de la vieillesse qu'est l'amaigrissement par mauvaise dentition, la cénurose, la listériose, les abcès du cerveau et les maladies virales chroniques du mouton comme le maedi-visna.
La confirmation se fait après la mort, par examen du cerveau dans un laboratoire agréé. C'est pourquoi il ne faut jamais faire disparaître un animal suspect sans en parler au vétérinaire : la carcasse est la seule pièce du dossier.
La suspicion doit être déclarée. Le vétérinaire prend en charge cette démarche auprès des services vétérinaires, qui définissent la conduite à tenir pour le troupeau.
Un typage génétique des reproducteurs peut être proposé dans le cadre des programmes de sélection sur la résistance.
Traitement
Il n'existe aucun traitement. Aucun antibiotique, aucun antiparasitaire, aucun complément, aucune préparation ne modifie l'évolution de la maladie.
Un animal atteint évolue toujours vers la mort en quelques semaines à quelques mois.
Les traitements antiparasitaires donnés parce que l'animal se gratte sont inutiles ici : le grattage vient du cerveau et non de la peau. Continuer à traiter contre la gale un animal qui ne répond pas doit au contraire faire penser à cette maladie et déclencher un appel au vétérinaire.
La conduite à tenir n'est pas médicale mais réglementaire : signaler la suspicion au vétérinaire, ne pas déplacer l'animal, ne pas le vendre, ne pas s'en débarrasser sans instruction, et suivre les consignes des services vétérinaires.
L'euthanasie, décidée dans ce cadre, évite une fin de vie longue et pénible et permet la confirmation du diagnostic.
Vendre un animal suspect ou le sortir discrètement de l'exploitation est la pire des décisions : la maladie se déplace alors dans un autre troupeau, et l'éleveur s'expose à des sanctions.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Acheter les reproducteurs, et surtout les béliers, auprès d'élevages au statut sanitaire connu, et se renseigner sur les programmes de qualification existants dans le pays.
Lorsque des programmes de sélection sur la résistance génétique existent, privilégier les béliers porteurs des profils résistants : c'est le levier le plus efficace connu à ce jour, et il agit sur toute la descendance.
Séparer les agnelages : ne pas faire agneler toutes les brebis dans le même local année après année, nettoyer et repailler entre les lots, éliminer rapidement les placentas et les liquides d'agnelage plutôt que de les laisser sur la litière.
Ne pas faire adopter un agneau par une brebis d'un autre troupeau, et se méfier des échanges d'animaux entre exploitations.
Identifier correctement les animaux et tenir un registre des filiations : sans cela, il est impossible de gérer un cas s'il survient.
Déclarer toute suspicion : c'est une obligation, et c'est aussi la seule façon de protéger les autres élevages de la région.
Ne jamais réutiliser une bergerie contaminée pour les agnelages sans avoir demandé conseil aux services vétérinaires : les désinfectants ordinaires n'ont pas d'effet sur le prion.
Vaccination
Il n'existe aucun vaccin contre la tremblante et il est peu probable qu'il en existe un, l'agent en cause n'étant pas un microbe classique contre lequel l'organisme fabrique des anticorps.
La seule protection durable connue est génétique : la sélection de reproducteurs porteurs de profils résistants, dans le cadre des programmes officiels lorsqu'ils existent.
Complications possibles
Évolution toujours mortelle chez l'animal atteint.
Chutes, blessures et lésions de la peau à force de se frotter, avec surinfections et myiases en saison chaude.
Amaigrissement extrême et fin de vie pénible si l'animal n'est pas pris en charge.
Diffusion silencieuse dans le troupeau pendant des années avant l'apparition du premier cas visible.
Contamination durable des bâtiments d'agnelage, avec des cas qui continuent d'apparaître longtemps après.
Conséquences réglementaires et commerciales pour l'exploitation, avec restrictions de mouvement et impossibilité de vendre des reproducteurs.
Quand consulter un vétérinaire
Un mouton adulte se gratte, se frotte et perd sa laine sans que les traitements antiparasitaires n'y changent rien.
Il maigrit alors qu'il mange normalement.
Son caractère change : il devient craintif, agressif, ou sursaute au moindre bruit.
Il tremble, titube, lève haut les pattes ou trébuche.
Il fait des mouvements de lèvres quand on lui gratte la croupe.
Il finit par tomber et ne plus se relever.
Un animal présente plusieurs de ces signes qui s'aggravent semaine après semaine : appelez le vétérinaire, ne vendez pas l'animal et ne vous en débarrassez pas de votre côté.
Pronostic
Le pronostic individuel est nul : la maladie est constamment mortelle et sans traitement.
Au niveau du troupeau, tout dépend de la rapidité de la déclaration et de la mise en place des mesures : sélection génétique, gestion des agnelages et maîtrise des achats permettent, sur plusieurs années, d'assainir une exploitation.
Les élevages qui ferment leur troupeau et sélectionnent sur la résistance obtiennent les meilleurs résultats à long terme.
Questions fréquentes
Mon mouton se gratte et perd sa laine, est-ce la gale ou la tremblante ?
Les deux se ressemblent beaucoup au premier coup d'œil et seul le vétérinaire peut trancher. Un indice important : dans la gale, la peau est abîmée, croûteuse et le traitement antiparasitaire fait effet. Dans la tremblante, la peau est souvent saine sous la laine arrachée, les traitements ne changent rien, et l'animal maigrit et change de caractère en même temps.
Puis-je manger la viande d'un mouton de mon troupeau si un cas est suspecté ?
Ce n'est pas à vous d'en décider : dès qu'une suspicion existe, la conduite à tenir est fixée par les services vétérinaires, qui encadrent l'abattage et la consommation. Appelez le vétérinaire et suivez ses instructions plutôt que d'abattre de votre côté.
Existe-t-il un traitement ou un vaccin ?
Ni l'un ni l'autre, et il ne faut pas se laisser vendre de solution miracle. Le seul levier réellement efficace connu est la sélection de reproducteurs génétiquement résistants, quand un programme existe dans le pays. Parlez-en à votre vétérinaire avant votre prochain achat de bélier.
Pourquoi la bergerie reste-t-elle contaminée après le départ des animaux ?
Parce que l'agent de la maladie n'est pas un microbe ordinaire : c'est une protéine anormale qui résiste aux désinfectants usuels et à la chaleur, et qui persiste des années dans une litière ou un sol. C'est pour cela que les agnelages doivent être gérés avec soin et que la réutilisation d'un local contaminé se discute avec les services vétérinaires.
Références
WOAH — Organisation mondiale de la santé animale (ex-OIE)
EFSA — Autorité européenne de sécurité des aliments
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 11 août 2026
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Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.
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