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Diarrhée néonatale du veau
La diarrhée néonatale est la première cause de perte de veaux dans les premières semaines de vie, en Tunisie comme ailleurs. Ce n'est pas une maladie unique mais un syndrome : plusieurs microbes différents provoquent le même tableau. Ce qui...
De quoi s'agit-il ?
La diarrhée néonatale est la première cause de perte de veaux dans les premières semaines de vie, en Tunisie comme ailleurs. Ce n'est pas une maladie unique mais un syndrome : plusieurs microbes différents provoquent le même tableau.
Ce qui tue le veau, ce n'est presque jamais le microbe lui-même : c'est la perte d'eau et de sels minéraux dans les selles. Un veau qui se vide se déshydrate en quelques heures.
Deux éléments décident du sort du veau bien avant l'apparition des selles liquides : la quantité et la qualité du colostrum bu à la naissance, et la propreté du local de vêlage.
À retenir
Un veau qui a encore l'air « bien » mais dont les selles sont déjà liquides perd de l'eau à chaque émission. Attendre de le voir couché, c'est traiter trop tard.
Signes généralement observés
Ces signes ne sont ni exhaustifs ni spécifiques. Seul un vétérinaire peut établir un diagnostic.
Signes associés — chaque signe mène à sa fiche :
Selles liquides, abondantes, de couleur jaune, blanchâtre, verdâtre ou brunâtre selon l'agent en cause. La couleur ne permet pas à elle seule de nommer le microbe.
Arrière-train et queue souillés, odeur forte.
Le veau tète moins vite, puis refuse le seau ou la tétée.
Signes de déshydratation : yeux enfoncés dans les orbites, peau du cou qui reste plissée quand on la pince, bouche sèche et froide.
Abattement progressif : le veau reste couché, ne suit plus sa mère, ne réagit plus quand on entre.
Dans les cas graves : incapacité à se lever, tête posée sur le flanc, corps froid aux extrémités.
La fièvre est inconstante ; un veau très déshydraté peut même être en dessous de la température normale, ce qui est un signe de gravité et non de guérison.
Du sang ou des lambeaux de muqueuse dans les selles orientent vers certaines causes et imposent un avis vétérinaire rapide.
Quand consulter sans attendre
Cette liste ne remplace pas un avis vétérinaire. Elle rassemble des situations qui justifient une consultation rapide.
Causes et facteurs de risque
Plusieurs familles d'agents sont responsables, souvent associées chez le même veau :
Des bactéries, principalement certaines souches d'Escherichia coli, et parfois des salmonelles.
Des virus, surtout les rotavirus et les coronavirus.
Des parasites microscopiques, les cryptosporidies.
Des coccidies chez les veaux un peu plus âgés.
Ces agents sont présents dans presque tous les élevages. Ils ne provoquent la maladie que lorsque la pression d'infection est forte (bâtiment sale, forte densité) ou que la défense du veau est faible (colostrum insuffisant, froid, stress).
Une erreur d'alimentation lactée — lait trop froid, trop concentré, distribué de façon irrégulière — aggrave ou déclenche une diarrhée sans microbe particulier.
Prise de colostrum tardive, insuffisante ou de mauvaise qualité : c'est le facteur numéro un.
Vêlage dans un box sale, humide, utilisé sans nettoyage entre deux vaches.
Vêlage difficile : un veau qui a souffert à la naissance tète mal et absorbe moins bien les anticorps.
Concentration de vêlages sur une courte période, avec des veaux d'âges différents logés ensemble.
Froid, courants d'air, litière humide.
Mère jeune ou mal alimentée en fin de gestation, dont le colostrum est plus pauvre.
Seaux, tétines et sondes mal lavés entre les veaux.
Transmission
Les agents sortent dans les selles des veaux malades et des animaux adultes porteurs, qui ne montrent aucun signe.
La contamination se fait par la bouche : mamelle souillée, litière sale, seaux et tétines mal nettoyés, mains et bottes de l'éleveur, matériel passé d'un box à l'autre.
Un veau malade excrète des quantités énormes d'agents infectieux : il contamine le box, puis les veaux nés après lui. La pression augmente ainsi tout au long de la saison de vêlage.
Diagnostic et prise en charge
Le diagnostic relève du vétérinaire, qui s'appuie sur l'examen clinique et sur des tests de laboratoire. La prise en charge est décidée au cas par cas.
Le vétérinaire évalue d'abord le degré de déshydratation : position des yeux dans l'orbite, pli de peau, chaleur des extrémités, force de succion, capacité à se tenir debout. C'est cette évaluation, et non la couleur des selles, qui décide de l'urgence.
Il recherche les autres foyers possibles chez un veau abattu : nombril, articulations, poumons.
Des analyses de selles peuvent identifier l'agent en cause. Elles sont surtout utiles à l'échelle du troupeau : connaître l'agent dominant permet d'orienter la prévention et la vaccination des mères pour les vêlages suivants.
En cas de mortalité répétée, une autopsie et des prélèvements donnent des réponses que l'examen des veaux vivants ne donne pas.
Traitement
La priorité absolue est la réhydratation, commencée le plus tôt possible : c'est elle qui sauve le veau, avant tout traitement dirigé contre le microbe. Le vétérinaire indique la solution de réhydratation adaptée, la façon de la préparer et le rythme de distribution.
Un veau qui ne tète plus, qui ne tient plus debout ou qui est froid relève d'une perfusion par le vétérinaire : le liquide donné par la bouche n'est plus absorbé.
L'allaitement ne doit pas être supprimé sans avis : le veau a besoin d'énergie pour lutter. Le vétérinaire précise comment répartir lait et solution de réhydratation.
Les antibiotiques ne sont pas systématiques. Ils n'ont aucun effet sur les virus et les cryptosporidies, et leur usage à l'aveugle entretient les résistances. Ils sont réservés aux situations où le vétérinaire suspecte un passage des bactéries dans le sang.
Des traitements de soutien peuvent être prescrits : anti-inflammatoire, protecteurs digestifs, produits spécifiques contre les cryptosporidies.
Le veau malade doit être isolé, tenu au sec et au chaud, sur une litière abondante.
Le traitement dépend de la cause et de l'état de l'animal : il doit être déterminé par un vétérinaire. Aucune automédication.
Prévention
Donner du colostrum de bonne qualité le plus tôt possible après la naissance, sans attendre que le veau se débrouille seul. Le pouvoir d'absorption des anticorps par l'intestin diminue heure après heure et disparaît en un jour ; le vétérinaire indique le volume et le rythme adaptés au veau.
Vérifier que la mère a bien un colostrum utilisable et prévoir une réserve congelée issue de vaches saines de l'élevage pour les cas où elle en manque.
Vêler dans un box propre, paillé, désinfecté entre deux vaches ; nettoyer la mamelle avant la première tétée.
Loger les veaux individuellement les premiers jours quand c'est possible, et séparer strictement les malades des sains.
Respecter un ordre de travail simple : s'occuper des veaux les plus jeunes en premier, des malades en dernier.
Laver et désinfecter seaux, tétines et sondes après chaque usage ; ne jamais passer le même matériel d'un veau malade à un veau sain sans nettoyage.
Distribuer le lait à température et à concentration constantes, à heures régulières.
Protéger du froid et de l'humidité : litière sèche, absence de courant d'air au sol.
En fin de saison de vêlage, vider, nettoyer et laisser sécher les locaux avant la saison suivante.
Vaccination
Des vaccins destinés aux mères existent contre les principaux agents de la diarrhée néonatale, notamment les rotavirus, les coronavirus et certaines souches d'Escherichia coli.
On ne vaccine pas le veau : on vaccine la vache gestante, en fin de gestation, pour enrichir son colostrum en anticorps.
Ce principe a une conséquence pratique décisive : le vaccin ne protège que si le veau boit réellement ce colostrum, tôt et en quantité suffisante. Une vaccination bien faite avec un colostrum mal distribué ne sert à rien.
Aucun vaccin ne couvre les cryptosporidies. Le vétérinaire choisit la vaccination en fonction des agents identifiés dans l'élevage et fixe le moment de l'injection.
Complications possibles
Déshydratation sévère et acidification du sang, qui expliquent l'abattement et la mort.
Passage des bactéries dans le sang, avec atteinte des articulations, du nombril ou des méninges.
Chez les veaux qui survivent : retard de croissance durable, poil terne, sensibilité accrue aux maladies respiratoires dans les mois qui suivent.
Une diarrhée qui traîne peut entretenir une mauvaise digestion du lait pendant plusieurs semaines.
Quand consulter un vétérinaire
Le veau a des selles liquides et tète moins bien : appelez le jour même, n'attendez pas le lendemain.
Ses yeux paraissent enfoncés, la peau du cou reste plissée quand on la pince : la déshydratation est déjà installée.
Il ne se lève plus, sa bouche est froide, il ne réagit plus : c'est une urgence.
Il y a du sang dans les selles.
Plusieurs veaux sont atteints en quelques jours : c'est un problème de troupeau, à traiter comme tel.
Un veau meurt malgré les soins : demandez une autopsie pour protéger les suivants.
Transmission à l'humain
Une partie des agents responsables — cryptosporidies et salmonelles notamment — peut infecter l'être humain et provoquer une diarrhée.
Lavez-vous soigneusement les mains au savon après chaque contact avec un veau malade, son box ou son matériel, et avant de manger.
Portez des vêtements et des bottes réservés à l'élevage.
Éloignez les jeunes enfants des veaux diarrhéiques ; les personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies doivent éviter tout contact.
Pronostic
Un veau pris en charge dès les premières selles liquides, réhydraté tôt, guérit le plus souvent sans séquelle.
Le pronostic s'assombrit vite dès que le veau ne tient plus debout : chaque heure perdue compte.
À l'échelle de l'élevage, les résultats dépendent moins du traitement que de la conduite du colostrum et de l'hygiène du vêlage.
Questions fréquentes
Faut-il arrêter le lait quand le veau a la diarrhée ?
Non, pas de vous-même. Le veau a besoin de l'énergie du lait pour lutter, et le priver l'affaiblit. Le vétérinaire indique comment répartir le lait et la solution de réhydratation dans la journée selon l'état du veau.
La couleur des selles permet-elle de savoir de quoi souffre le veau ?
Non. Jaune, blanche ou verdâtre, la couleur ne désigne pas un microbe précis. Seule une analyse de selles répond à cette question, et elle est surtout utile pour orienter la prévention de tout le troupeau.
Un antibiotique guérit-il la diarrhée du veau ?
Pas dans la plupart des cas. Les virus et les cryptosporidies n'y sont pas sensibles, et un antibiotique donné systématiquement favorise l'apparition de résistances. C'est le vétérinaire qui juge s'il est justifié.
Un seul veau est malade : dois-je m'inquiéter pour les autres ?
Oui. Un veau diarrhéique rejette d'énormes quantités de germes et contamine le local. Isolez-le, occupez-vous de lui en dernier, et nettoyez le matériel avant de retourner vers les veaux sains.
Vacciner les vaches suffit-il à éviter les diarrhées ?
Non. Le vaccin agit à travers le colostrum : si le veau ne le boit pas assez vite ou pas assez, la protection n'arrive jamais. La vaccination complète une bonne conduite du colostrum, elle ne la remplace pas.
Références
WOAH — Organisation mondiale de la santé animale (ex-OIE)
FAO — Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
ANSES — Agence nationale de sécurité sanitaire (France)
Contenu relu par l'équipe éditoriale TunisieVet · Mis à jour 09 août 2026
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Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent en aucun cas une consultation vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un vétérinaire.
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