Est-il permis de tuer un animal simplement pour s’amuser ?
Un jour, le Prophète ﷺ vit des jeunes gens s'exercer au tir en visant un oiseau vivant attaché. Sa réaction, rapportée dans les recueils authentiques, trace une limite claire entre le jeu et la cruauté.
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Il est rapporté que le Prophète ﷺ passa un jour près d'un groupe de jeunes gens de Quraych qui avaient attaché un oiseau et s'exerçaient sur lui au tir, chacun donnant une pièce au propriétaire de l'oiseau pour chaque flèche lancée. Lorsqu'ils aperçurent le Messager d'Allah ﷺ, ils se dispersèrent aussitôt, comprenant que cette pratique ne pouvait trouver grâce à ses yeux. Le Prophète ﷺ leur dit alors des paroles fermes, condamnant le fait d'avoir immobilisé une créature vivante pour en faire une simple cible de divertissement. Ce récit est rapporté dans Sahih Muslim.
Une limite claire entre jeu et cruauté
Ce hadith illustre un principe essentiel de l'enseignement prophétique : le jeu, le sport ou le divertissement ne sauraient jamais se faire au prix de la souffrance infligée à un être vivant sans nécessité. L'oiseau attaché, incapable de fuir ou de se défendre, était réduit à un objet, alors même que le Coran rappelle la dignité de toute créature. Dans la sourate Al-An'am, il est dit :
« Il n'y a point d'animal marchant sur terre, ni d'oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communautés. »
(Sourate Al-An'am, verset 38)
Ce verset situe les animaux dans une réalité qui dépasse leur simple utilité pour l'être humain : ils appartiennent à des « communautés » à part entière, dignes de respect. Tuer ou blesser un animal seulement pour se distraire, sans but légitime comme la nourriture ou la nécessité, s'oppose directement à cet esprit.
D'autres enseignements dans la même direction
Il est également rapporté, dans Sahih al-Bukhari, que le Prophète ﷺ a interdit de mutiler les animaux ou de les utiliser comme cibles vivantes (ce qu'on appelle en arabe al-muthla). Parmi les points rappelés par ces récits :
La souffrance infligée sans raison à un animal engage une responsabilité morale.
Le divertissement humain ne justifie jamais la cruauté envers une créature vivante.
Un animal, même destiné à l'alimentation, doit être traité avec ménagement jusqu'à son dernier instant.
Il est rapporté dans un autre hadith authentique qu'une femme fut évoquée comme ayant été punie pour avoir enfermé une chatte sans la nourrir ni la laisser chercher sa propre nourriture, jusqu'à ce qu'elle en meure — récit qui figure lui aussi dans Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim, et qui renforce cette même exigence de miséricorde envers les animaux, quelle que soit leur taille ou leur utilité apparente.
Une invitation permanente à la bienveillance
Ces enseignements ne relèvent pas d'un simple détail historique : ils dessinent une éthique globale du rapport aux animaux, fondée sur la retenue, la compassion et le refus de toute violence gratuite. Aujourd'hui encore, cette leçon garde toute sa pertinence, que ce soit face à des pratiques de chasse sans nécessité, à des jeux violents impliquant des animaux, ou simplement dans notre attitude quotidienne envers les créatures qui nous entourent. Se souvenir de cet oiseau attaché, il y a plus de quatorze siècles, c'est se rappeler qu'aucun être vivant ne mérite d'être réduit à un objet de divertissement, et que la véritable noblesse consiste à protéger les plus vulnérables plutôt qu'à en jouer.